The Salvation
The Salvation
    • The Salvation
    • Danemark, Royaume-Uni, Afrique du Sud
    •  - 
    • 2014
  • Réalisation : Kristian Levring
  • Scénario : Anders Thomas Jensen, Kristian Levring
  • Image : Jens Schlosser
  • Décors : Jørgen Munk
  • Costumes : Diana Cilliers
  • Son : Alastair Sirkett
  • Montage : Pernille Bech Christensen
  • Musique : Kasper Winding
  • Producteur(s) : Sisse Graum Jørgensen
  • Production : Zentropa Entertainments
  • Interprétation : Mads Mikkelsen (Jon), Eva Green (la femme), Jeffrey Dean Morgen (Delarue), Éric Cantona (le Corse), Mikael Persbrandt (Peter), Jonathan Pryce (Keane), Douglas Henshall (Mallick), Michael Raymond James (Paul), Nanna Øland Fabricius (Marie), Toke Lars Bjarke (Kresten)...
  • Distributeur : Jour2fête, Chrysalis Films
  • Date de sortie : 27 août 2014
  • Durée : 1h32
  • voir la bande annonce

The Salvation

réalisé par Kristian Levring

Le western est-il mort ? La réponse affirmative s’est depuis longtemps imposée comme acquise dans l’esprit des critiques, en tout cas concernant la forme classique du genre : les mythes fondateurs de l’Ouest américain ne se sont-il pas éteints dans les désillusions de la fin du XXe siècle ? Pourtant, une certaine contestation se lève face à cette triste idée, pointant notamment du doigt certains films de ces dernières années prenant pour cadre l’Amérique du temps de la conquête de l’Ouest. C’est vrai, on n’a pas encore fini de revêtir ces habits-là, de reconstruire ces décors. Mais pour faire quels films ? dans quel but ? et est-ce suffisant pour déclarer que le lustre du genre brille encore ? Certains de ces films cherchent à réinvestir sérieusement l’espace de l’Ouest hollywoodien, dans un contexte plutôt démythifié, avec plus ou moins de distanciation : quand de rares nostalgiques comme Open Range de Kevin Costner (ou à la rigueur le remake de 3h10 pour Yuma par James Mangold) font mine de croire encore à l’innocence du genre, d’autres comme La Dernière Piste de Kelly Reichardt ou (sous une forme plus modeste) The Homesman de Tommy Lee Jones vont chercher l’envers du décor. D’autres encore, inspirés par les œuvres-coups de boutoir contre le classicisme (celles de Leone, de Peckinpah…), leur emboîtent le pas dans la désacralisation – notamment par la violence – de façon plus ou moins appliquée mais, du coup, plus très novatrice. On trouve aussi, avec le surestimé L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, le cas d’une exploitation du thème désormais cliché de, justement, « la mort du western » pour composer un film d’époque post-western esthétisant et sentencieux… Bref : toutes ces approches composent tout de même un beau fouillis un peu désordonné qui suggère que si le western suscite aujourd’hui beaucoup d’initiatives, celles-ci cherchent à occuper sa place plutôt qu’elles ne le perpétuent.

Cancre

The Salvation, du Danois Kristian Levring[1]Cinéaste essentiellement connu pour avoir compté, aux côtés de Lars Von Trier et Thomas Vinterberg, parmi les quatre signataires originaux d’une mauvaise blague aujourd’hui oubliée et qu’on appela en son temps « Dogme 95 »., se rattache résolument à la catégorie des suiveurs des sacrilèges – mais dans la sous-catégorie des cancres. Hormis sa touche de contexte historique original (l’immigration danoise aux États-Unis), cette histoire de famille violentée et de vengeance impitoyable ne sait que rejouer les maniérismes de base inspirés par les essais modernistes de Leone, à coups de décors défraîchis, de trognes patibulaires (celle de Mads Mikkelsen en tête, pas le plus ridicule mais qu’on a vu bien meilleur ailleurs), d’archétypes à la prétendue originalité tapageuse (l’Indienne muette, balafrée et farouche jouée par Eva Green), de fusillades et de pluie de cadavres. C’est surtout la qualité de la pantomime qui consterne : Levring semble tout fier de se complaire dans l’ « affreux, sale et méchant », mais le pessimisme qu’il étale reste en carton, ne peut à aucun moment passer pour un discours véritable sur les hommes, les mythes déchus, la vengeance… En témoigne le ratage éclatant des méchants : Jeffrey Dean Morgan cherche à impressionner en immoral chef de bande vétéran de la guerre de Sécession, mais malgré son mauvais rasage et sa voie grave, il n’est que ridicule (et on vous fera grâce d’Éric Cantona campant un de ses sbires surnommé « le Corse »…). D’où qu’on le regarde, The Salvation n’existe que pour « faire genre » – et sa mise en scène est à l’avenant, si empressée de créer du mouvement artificiel et de montrer la qualité de sa reconstitution crépusculaire qu’elle en multiplie les travellings avant vers les détails de sa noirceur (cadavres, armes prêtes à tirer…). Quant au western, on finit par lui souhaiter d’être bien mort et enterré plutôt que de subir ce genre de rappel.

References   [ + ]

1.Cinéaste essentiellement connu pour avoir compté, aux côtés de Lars Von Trier et Thomas Vinterberg, parmi les quatre signataires originaux d’une mauvaise blague aujourd’hui oubliée et qu’on appela en son temps « Dogme 95 ».