© Universal Pictures International France
Winter Break

Winter Break

de Alexander Payne

  • Winter Break
  • (The Holdovers)

  • États-Unis 2023
  • Réalisation : Alexander Payne
  • Scénario : David Hemingson
  • Image : Eigil Bryld
  • Montage : Kevin Tent
  • Musique : Mark Orton
  • Producteur(s) : Mark Johnson, Bill Block, David Hemingson
  • Production : Miramax
  • Interprétation : Paul Giamatti (Paul Hunham), Da'Vine Joy Randolph (Mary Lamb), Dominic Sessa (Angus Tully), Carrie Preston (Lydia Crane), Brady Hepner (Teddy Kountze)...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Date de sortie : 13 décembre 2023
  • Durée : 2h13

Winter Break

de Alexander Payne

The Misfits


The Misfits

Qui aurait cru qu’Alexander Payne réaliserait un jour un bon film ? Du moins un deuxième : on l’oublierait presque – c’était, après tout, au siècle dernier –, mais on lui devait déjà L’Arriviste, qui permit à Reese Witherspoon d’imposer son irrésistible bagou. Winter Break se présente comme une respiration bienvenue au sein d’une œuvre habituellement confinée dans le registre de la comédie dramatique embourgeoisée et cabotine. À Jack Nicholson et Bruce Dern succède aujourd’hui Paul Giamatti, certes plus jeune, mais tout aussi grimaçant en professeur de lettres classiques guindé et intraitable. Dès les premières secondes, on craint le pire devant l’esthétique Nouvel Hollywood vintage adoptée par Payne, qui va jusqu’à reproduire les logos d’époque et les craquements d’un vinyle tout juste posé sur une platine. La chanson qui résonne alors, d’une sincérité désarmante, s’appelle Silver Joy, et bien qu’interprétée par un chanteur contemporain, Damien Jurado, elle ressemble à s’y méprendre à un classique folk exhumé des années 1970, à l’orée desquelles se situe l’action de Winter Break. Un même vertige temporel s’installe chez le spectateur à mesure que le générique égrène ses tableaux d’hiver, aussi dépouillés qu’accueillants. La photo d’Eigil Bryld, en numérique mais qui vise à retrouver la texture du 16mm, participe beaucoup de cette sensation : loin de les figer dans une reconstitution d’époque, la lumière semble envelopper les personnages d’une douceur cotonneuse. En quelques plans, une émotion prend forme, que jamais Payne n’avait su jusqu’ici figurer avec une telle simplicité. On s’en étonne d’autant plus qu’il est généralement davantage à son aise en surplomb ; une position dont le titre de son film précédent, Downsizing, fournissait l’allégorie involontaire.

The Holdovers, le titre original de ce huitième long-métrage, désigne les pensionnaires d’un prestigieux lycée privé de la Nouvelle-Angleterre contraints de passer les fêtes de Noël sur place, en raison de l’impossibilité pour leurs parents de les récupérer. Chaque année, un professeur se coltine la garde de ces jeunes gens dorés sur tranche, avec pour seule autre compagnie celle d’une cuisinière et d’un agent d’entretien. Cette fois-ci, c’est au tour de Paul Hunam (Giamatti), copieusement détesté de ses élèves comme de ses pairs, de les superviser. À la suite d’une pirouette scénaristique, il ne reste bientôt plus qu’un lycéen, le turbulent Angus Tully (Dominic Sessa dans son tout premier rôle), déjà renvoyé de plusieurs établissements à la suite du divorce de ses parents. Une prévisible filiation contrariée se noue entre lui et Hunam, sous les auspices de Mary Lamb, la cantinière noire endeuillée par la perte récente de son fils, diplômé de la même académie et tué au Viêt Nam avant d’avoir eu 20 ans. C’est elle le cœur battant du film, et pas seulement grâce à l’interprétation de Da’Vine Joy Randolph, qui insuffle beaucoup de dignité à l’expression du chagrin de cette femme sans rien dissimuler de ses faiblesses. La diversité et la mixité sociale ici à l’œuvre, de plus en plus évidentes à mesure que le trio s’aventure hors du campus, apparaissent comme hautement improbables dans les environs de Boston en 1970 : cette troupe disparate devient une famille recomposée de circonstance où chacun comble momentanément sa solitude en faisant l’expérience de l’altérité, dans une utopie réconciliatrice aux airs de cocon neigeux. Et malgré leur isolement géographique, ces réprouvés sont régulièrement rattrapés par les remous de l’histoire américaine du moment, qu’une confrontation avec deux vétérans dans un bar fait surgir du hors-champ. Sans se montrer aussi buissonnier que Hal Ashby, auquel il a été comparé, Payne retrouve dans ce conte de Noël la spontanéité et la liberté de ton de l’auteur de Harold & Maude et de La Dernière corvée, autre récit de détention qui prenait comme ici la forme d’un road movie émancipateur. « Winter Break est une accumulation de clichés recyclés avec une tendresse si immédiate que Payne donne l’impression qu’il vient d’en faire la découverte », observe Richard Brody dans sa critique par ailleurs mitigée du New Yorker. C’est à cette tendresse jamais feinte que le film doit sa modeste mais réelle réussite.


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