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L’après-coup – De l’ombre à la lumière

L’après-coup – De l’ombre à la lumière

L’après-coup – De l’ombre à la lumière

Une fois par mois, L’après-coup revient sur un motif, une image ou une série de plans tirés d’un ou plusieurs films récents. Ce mois-ci : comment la lumière fait sortir de l’obscurité dans Rapaces.

Dans Rapaces, le deuxième film de Peter Dourountzis, le motif de la lumière sert de fil conducteur. Samuel, un journaliste travaillant pour le magazine Détective et incarné par Sami Bouajila, mène une enquête sur un sordide féminicide (une jeune femme a succombé à ses blessures après avoir été sauvagement brûlée à l’acide). Si son métier consiste à faire la lumière sur des faits, il va aussi se risquer à s’y exposer. Les plus belles scènes occupent ainsi la dernière partie nocturne du film, à partir du moment où le personnage traque le coupable. Leur première rencontre dans une station-service s’avère à ce titre judicieusement mise en scène : tandis que Samuel est filmé de dos en train de prendre de l’essence, arrive hors champ un véhicule dont la lumière des phares rouges vient se loger au niveau de la nuque du reporter. Ce cercle de lumière, semblable à une cible ou à un signal, vaut à la fois comme la marque d’un danger et d’une délivrance. C’est le cœur qui bat sous le poids de l’émotion tout autant que le sang laissant des traces. L’intensité de la scène est redoublée par la dimension sonore de la situation : le vrombissement caractéristique du moteur du pick-up du criminel, identifié au préalable dans une séquence d’écoute, fend le silence (l’action se situe en pleine campagne). Samuel ne voit rien mais, dorénavant, il sait, et il est le seul à savoir – l’incriminé ignore tout de sa présence à ce moment précis du récit.

Après cette angoissante confrontation suit une scène de filature. Les phares rouges du pick-up guident désormais la voiture de Samuel, seul dans la nuit. Le personnage s’enfonce alors peu à peu dans le noir, jusqu’à perdre de vue le monstre mécanique poursuivi. Pas pour longtemps : à la faveur d’un traveling latéral, celui-ci surgit à nouveau dans son dos, tous feux éclairés, d’un rouge vif plus menaçant que jamais. Pris littéralement dans les phares, Samuel doit fuir comme un animal apeuré. S’il pensait avoir une longueur d’avance, le voilà à présent piégé et sommé de s’identifier (« t’es qui toi ? »). Frappé de l’évidence de la brûlure – qui entre trop dans la lumière s’y brûle – Samuel est pris de terreur, habitué plutôt à demeurer tapi dans l’obscurité, à l’abri des regards. Plus tard, sa fille lui demandera : « Il a vu ton visage ? ». Et lui de répondre : « Non, je ne crois pas, il faisait noir, par contre, moi, je l’ai vu ».

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