La Vague tient de la rengaine : des corps dansent et chantent avec frénésie, mais sans jamais changer de refrain. On devine que l’obstination fait partie du projet du cinéaste chilien Sebastián Lelio, que son film ambitionne sans relâche de taper du poing, à l’instar de son personnage principal, Julia, abusée sexuellement par son professeur de musique. De sa rage, chaque scène se nourrit jusqu’à la saturation. Et plus le film frappe fort, moins il va loin. À la longue, le portrait qu’il dresse de la jeune femme, devenue presque malgré elle le porte-flambeau d’un mouvement étudiant insurrectionnel, ne s’embarrasse pas de subtilités et tombe dans l’écueil du plaidoyer. À plusieurs reprises, la caméra de Lelio s’attarde sur le visage de Julia, parfois inondé de larmes, comme pour en saisir les nuances émotionnelles. Peine perdue : ni vacillement ni trouble n’en surgit vraiment, rien qui puisse en tous les cas électriser un propos ne souffrant aucune ambiguïté. Si Julia cherche sa voix, La Vague n’en fait entendre qu’une seule, reconduite de séquence en séquence.
C’est lorsque le film oublie son personnage principal au profit du collectif qu’il s’avère le plus fécond, voire se montre enfin subversif, ou à tout le moins original. S’affirme alors un corps unique d’étudiantes/danseuses exultant au son de percussions frénétiques. Lelio travaille ainsi dans ces scènes la question patriarcale par un geste expansif, en figurant des poussées de colère éperdue et incontrôlée. Déchaîné, La Vague le devient lorsque le campus se transforme subitement en labyrinthe surréaliste, enchâssant des espaces a priori éloignés (en cassant une cloison, Julia accède à sa chambre qui ne jouxte pourtant pas les murs de l’université). La désorientation et l’artificialité confinent ici à un troublant vertige, pas loin de ressembler à un cauchemar éveillé. Bel antidote, fût-il de courte durée, au régime par ailleurs trop univoque et répétitif du film.