Après avoir mêlé le thriller à la chronique paysanne dans Petit Paysan, Hubert Charuel greffe cette fois-ci le buddy movie au drame social. Dans la « diagonale du vide » en Haute-Marne, Dan (Idi Azougli) et Mika (Paul Kircher), deux amis paumés, risquent la prison après avoir volé un chat. Le premier ne travaille pas, boit trop et reste une sorte de grand enfant immature, totalement dépourvu du sens des responsabilités ; le second, dont la trajectoire sera moins statique, écrit quelques piges pour un journal local et vient d’être embauché en CDD au Burger King du coin. Au début du film, l’idiotie de leur duo offre quelques scènes assez drôles (les deux compères se heurtent à la rigidité parfois absurde de la justice), avant qu’un double compte à rebours scénaristique ne s’amorce : ils ont six mois pour trouver un emploi et montrer patte blanche au tribunal. En même temps qu’ils décident de travailler pour leur ami Tony (Salif Cissé) dans une poubelle nucléaire, la tonalité du film s’assombrit. Le décor bétonné et austère offre quelques plans inspirés, où les blocs géométriques composent un labyrinthe oppressant qui étouffe progressivement l’humour et la légèreté des personnages. Lors d’un dialogue entre Mika et Tony, Dan apparaît derrière eux, transformé par son gilet de sécurité dans la profondeur floutée du champ, en une simple tâche orange sur fond gris. Ignorant les consignes de sécurité, il décide de monter sur un tapis roulant défectueux, avant d’y tomber accidentellement et de se faire évacuer du cadre sans que personne ne s’en aperçoive. Le plan semble alors condenser la critique a priori radicale portée par le film : au lieu de soutenir les plus démunis, le système politico-judiciaire les envoie à la poubelle.
Esquissé pendant quelques séquences, ce potentiel subversif est rapidement éludé à mesure que les ficelles narratives se détournent du site radioactif pour se concentrer sur la mise en crise de l’amitié des deux protagonistes, en assimilant Dan à un boulet qui empêche Mika de se reprendre en main. Les mauvaises fréquentations de Dan font d’ailleurs l’objet d’un traitement encore plus dégradant : ce sont des pauvres types irrécupérables, qui servent parfois de moteur comique. D’un côté, le héros incarné par un acteur en vogue est plein de bonne volonté ; de l’autre, les marginaux alcooliques et stupides s’apparenteraient presque à un poison social — curieuse façon d’adopter le point de vue de jeunes paumés pour mieux distinguer in fine le bon grain de l’ivraie, et plus encore, soutenir en creux que leur amitié les tire fatalement vers le bas. À ce titre, le dernier plan du film laisse perplexe : devant un faux fond de plage paradisiaque (sans doute la Réunion, l’endroit où Dan rêvait de s’évader), le jeune homme se tient debout, l’air hébété, en regardant la caméra. Situé en dehors de la narration, le plan semble vouloir conférer un peu de douceur à une conclusion amère, en sollicitant un regard attendri pour ce sympathique pied nickelé. Il traduit néanmoins surtout une forme de condescendance en figeant le destin social de son personnage (alors que des perspectives s’entrouvrent pour Mika) : il restera toujours ce grand adolescent ahuri rêvant d’un ailleurs qu’il ne pourra de toute façon jamais atteindre. C’est la (mauvaise) surprise de Météors, qui préfère troquer la critique des défaillances du nucléaire contre une réflexion sociale assez écœurante.