Pour dépeindre le racisme et l’oppression du régime tunisien hostile aux migrants subsahariens, Promis le ciel mise sur une identification maximale chez le spectateur. À Tunis, Marie, une pasteure ivoirienne, héberge Naney et Jolie, une mère exilée et une jeune étudiante, puis Kenza, une enfant de quatre ans rescapée d’un naufrage. Les trois adultes tentent d’ériger un refuge, mais leur projet commun est entravé par différentes contraintes (l’une est sans papier, l’autre tente de s’intégrer et Marie cherche à régulariser Kenza). Tiraillé entre sa volonté de dénoncer la politique migratoire tunisienne et celle de regarder avec bienveillance ses personnages, le film d’Erige Sehiri s’égare dans une mécanique un peu binaire et une logique d’alternance systématique : aux séquences filmées en gros plans et courte focale, qui tentent de forcer l’empathie en isolant les visages, succèdent des scènes de groupe ou des montages parallèles entrelaçant les différentes trajectoires afin de suggérer la possibilité d’une sororité réparatrice.
De façon automatique, la structure du film compense par ailleurs les moments de détresse par des séquences de stase (en boîte de nuit ou au coucher de soleil), accompagnées de violons et de pulsations électroniques, pour figurer une émancipation temporaire. Mais à chaque fois, la possibilité d’un ailleurs est rattrapée par la réalité sociale (un taxi qui refuse de prendre Naney et Jolie à la sortie d’une soirée, un cadeau d’anniversaire qui se révèle n’être qu’un prêt, etc.). La teinte bleutée de l’image s’inscrit dans la même démarche, comme si elle cherchait à adoucir la violence de ce qui se joue à l’écran. À force de souffler le chaud et le froid, Promis le ciel finit par se transformer en robinet d’eau tiède.