À la fin de Renoir, une réplique a valeur de note d’intention : « Quels ont été les moments marquants ? » demande à Fuki sa professeure d’anglais, après les vacances estivales que vient de passer la petite fille à Tokyo. À la façon d’un diaporama, avec des scènes très brèves et entrecoupées d’ellipses, le montage du film autobiographique de Chie Hayakawa (son deuxième long après Plan 75) consiste en une sélection d’instants choisis : la dégustation d’un gâteau chez une camarade de classe, un feu de bois dans un summer camp, une après-midi à l’hippodrome avec son père atteint d’un cancer, etc. Au-delà d’un portrait signé Auguste Renoir que se procure à un moment Fuki, le lien avec la peinture impressionniste suggéré par le titre se situe dans cette collection de vignettes déliées, impressions passagères de quelques souvenirs d’enfance.
Plutôt qu’une dynamique de montage consistant à emboîter entre eux les différents morceaux du puzzle, la fragmentation de l’intrigue cultive davantage une sorte de retenue narrative, avortant la plupart des scènes pour sous-entendre que quelque chose de plus sombre sourd sous la surface de la chronique. En témoigne la spectralisation épisodique de la jeune fille, qui se cache derrière plusieurs rideaux ou se place à l’arrière-plan flou d’une scène dans laquelle sa voisine raconte la mort de son mari. De manière générale, chaque scène relève dans son déroulement d’une opération de dissimulation ou d’évitement. Le gâteau à déguster chez la camarade de Fuki ? On ne le finit pas et on le remballe – trop sucré. La veillée dans le camp d’été ? On n’en montre que des bribes, sans figurer ce qu’a vécu la jeune fille. La mort attendue du père des suites de son cancer ? Elle restera hors champ, au même titre que les funérailles. Fidèle à son opération de remémoration (parcellaire et sélective), Renoir est un film qui paraît ne jamais vouloir creuser en profondeur les situations qu’il esquisse ; en cherchant à tout prix cette subtilité d’apparat, il cède surtout à une certaine facilité scénaristique. Faire moins revient ici à en faire trop.