Sons of the Neon Night démarre sur les chapeaux de roue avec une scène d’attentat délirante, située dans une reconstitution numérique et recouverte de neige du quartier de Causeway Bay à Hong Kong. Les balles fusent, les véhicules fracassent les vitrines des magasins avant d’exploser, les bâtiments s’effondrent et des gouttes de sang, filmées au ralenti, fendent en deux les flocons de la neige qui tombent sur la ville. Début prometteur, d’autant qu’une autre scène d’action témoignant d’une haute ambition plastique intervient elle aussi tôt dans le film. Dans une usine d’extraction minière au cœur des montagnes, des malfrats équipés d’arcs et de flèches sortent de la forêt et prennent d’assaut un autre groupuscule mafieux, ainsi qu’un commando de « nettoyeurs » équipés d’armes blanches et de snipers. La scène ressemble à une grande bataille de blockbuster, à laquelle on aurait retiré ses couleurs (l’image du film, sans être en noir et blanc, est très désaturée). La mise en scène de Juno Mak, dont c’est le second film, multiplie les effets de jaillissement et les coupes brutales – le montage ne cherche pas à rendre lisibles les combats. Par exemple, en moins de dix secondes, une vue d’ensemble aérienne est suivie d’un gros plan sur un combat à main nues, d’un travelling circulaire, d’une coupe sur une explosion dans la forêt, et enfin d’un raccord regard sur le sniper surplombant la bataille. Le reste du film est encore plus incompréhensible (dans le mauvais sens du terme), englué dans une intrigue emberlificotée et dont on imagine qu’une grande partie a été retirée au fil de sa longue et laborieuse production (près de dix ans de gestation). Des figures secondaires sont par exemple introduites avant de disparaître sans explication, tandis que des dialogues abscons s’enchaînent sur fond d’héritage familial et de manigances politico-économiques.
La mine anémiée des personnages dépressifs finit par être aussi la nôtre, à mesure que Juno Mak continue de filmer n’importe comment la moindre scène de dialogue ou d’action. À la surface de ce grand bourbier inintelligible, où les scènes de combat sont progressivement éclipsées par les couches épaisses du scénario, ne flotte qu’une intrigante hétérogénéité due à des effets numériques mal intégrés aux décors. Dans une scène de torture, même l’eau d’une baignoire, rajoutée en post-production (au même titre que la neige, la brume et les nuages de vapeur), semble évoluer dans un monde à part. L’intérêt du film est, en somme, d’être spectaculairement raté.