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Quelques jours à Nagi

Quelques jours à Nagi

de Kōji Fukada

Quelques jours à Nagi

de Kōji Fukada

Au revoir le sentiment


Au revoir le sentiment

Le premier film distribué en France de Koji Fukada, Au revoir l’été, plaçait d’emblée son œuvre sous le signe d’Éric Rohmer. Le cinéaste renoue avec cette inspiration première dans Quelques jours à Nagi, qui suit le séjour de Yuri, une architecte tokyoïte venue se réfugier à la campagne auprès de Yoriko, son ancienne belle-sœur sculptrice. Alors que Yuri devient modèle pour Yoriko, de longues séquences dialoguées approfondissent leur relation : à mesure qu’elles évoquent leurs choix de vie ou leurs amours passées, leurs liens se renforcent. Par la circulation de la parole, le village de Nagi devient ainsi le théâtre d’une petite ronde des sentiments qui accueille autant les habitants que le souvenir des absents. Un détail météorologique distingue toutefois nettement Au revoir l’été de Quelques jours à Nagi : au cadre lumineux et estival du premier succède le temps nuageux et grisâtre du second. Ce contraste semble dire quelque chose de l’évolution de la mise en scène du cinéaste, qui, à force de retenue, confine désormais à la frigidité académique. Son minimalisme rappelle par endroits celui d’un autre rohmérien, Hong Sang-soo, les jeux de reprises et variations en moins. Pour sortir de cette torpeur formelle, quelques travellings avant et arrière viennent souligner le cours d’une discussion pour recadrer les visages des personnages, insufflant une poignée de ruptures bienvenues, qui finissent cependant par s’apparenter à des astuces un peu mécaniques destinées à insuffler de la vie aux conversations.

Si les désirs qui traversent Nagi peinent à s’incarner à l’écran, les motifs sciemment disposés tout au long du film sont quant à eux bien visibles : Yuri est d’abord reconnue à partir d’un portrait esquissé au fusain ; l’atelier de Yoriko est peuplé des êtres qu’elle a sculptés ; deux adolescents se déclarent leur amour en regardant à travers une camera obscura, etc. On l’aura compris : le sentiment amoureux s’articule aux images et aux projections qu’elles suscitent, avec ceci d’ambivalent qu’elles peuvent tout à la fois révéler la nature profonde des individus que les emprisonner dans un fantasme. L’idée est plutôt belle, mais peine à dépasser le stade théorique pour véritablement émouvoir – à l’exception peut-être d’une séquence de fantôme assez troublante, où la femme que Yoriko aimait apparaît soudainement chez elle alors que l’orage gronde. Après une brève discussion, la défunte s’évanouit, laissant le personnage seul, endormi dans sa cuisine (la scène pourrait donc être un rêve). Le surcadrage fait affleurer la mélancolie de cette solitude, dans une composition à la Edward Hopper – un album consacré au peintre est d’ailleurs offert dans une des premières séquences. Ce type d’émotion reste bien rare à l’échelle du film, où le moindre germe de sentiment est systématiquement mis en sourdine. Même les choses les plus graves ne semblent avoir aucun poids dans cet univers, tels ces bruits de bombes récurrents provenant d’un camp militaire voisin, ou bien les références à la guerre en Ukraine, qui n’ont pas suffisamment de consistance pour ressembler à autre chose qu’une note d’intention. 

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