Accueil > Actualité ciné > Critique > Bad Times mercredi 10 janvier 2007

Critique Bad Times

© SND

Beaucoup de bruit pour vraiment pas grand-chose, par Vincent Avenel

Bad Times

Harsh Times

réalisé par David Ayer

Quelle place y a-t-il aux États-Unis pour les vétérans de conflits militaires ? La question est d’autant plus forte que le pays est aujourd’hui encore empêtré dans le conflit irakien. Avec un scénario et deux acteurs au fort potentiel – Christian Bale et Freddy Rodriguez – Bad Times accumule les poncifs de scénario et de mise en scène, pour se révéler n’être finalement qu’un téléfilm de luxe convenu et décevant.

Jim Davis est un ancien soldat des forces américaines, revenu au pays après une terrible expérience en Irak. Chômeur depuis lors, il place tous ses espoirs dans une carrière de policier dans le département de Los Angeles. Ses deux seuls réconforts sont sa petite amie mexicaine qu’il rêve de faire émigrer aux USA, et son ami Mike, chômeur lui aussi. Le jour où il se voit opposer une fin de non recevoir par le L.A.P.D., tout s’écroule et le monstre revenu d’Irak qu’il abrite en lui se déchaîne à nouveau.

Tenter de mettre un peu d’ordre dans le script fouillis de Bad Times pour le présenter dans ces lignes permet de se rendre compte de quelque chose : bien des réalisateurs auraient pu tirer d’une telle idée de scénario un film terrifiant et hautement polémique. Mais là où Voyage au bout de l’enfer, Né un 4 juillet ou L’Échelle de Jacob associaient une vraie démarche de cinéaste et un propos politique, Bad Times souffre de beaucoup de travers, le premier et le plus important étant une image sale, qui semble vouloir se rapprocher d’un style caméra à l’épaule mais dont le grain évoque finalement un téléfilm de luxe, au sens de la profondeur et du cadrage inexistant. Mais le réalisateur David Ayer semble ignorer, tout le film durant, le principe de profondeur de champ et de perspective. Peu nombreux sont les plans qui ne soient pas filmés en plan rapprochés sur l’un des personnages principaux : ils doivent toujours se trouver au centre de l’image. Se servir du hors champ, d’un plan plus large, voire oser filmer une séquence sans y cadrer ses protagonistes : David Ayer ne sait s’y risquer à aucun moment, et choisit plutôt de focaliser le film sur ses deux têtes d’affiches.

Pour rendre vivant et crédible les « mean streets » de son Los Angeles natal, le réalisateur-scénariste-producteur place dans la bouche de ses protagonistes un jargon outrageusement caviardé de jurons archétypaux, qui auraient fait pouffer de rire les scénaristes de New Jack City. Christian Bale peut faire merveille dans le rôle fissuré de Pat Bateman, le dandy psychopathe et yuppie d’American Psycho (d’ailleurs la seule raison de voir le film), mais lui demander d’incarner un personnage dont la seule psychologie consiste à aligner tous les trois mots « fuck » et « dude » le rend ridicule. Freddy Rodriguez, quant à lui, s’en tire en étant moins monolithique, mais ne trouve toujours pas, après son rôle ridicule dans La Jeune Fille de l’eau, de personnage à sa mesure sur le grand écran.

Avec sa mise en scène étouffante de promiscuité et son traitement des personnages hautement caricatural et fort peu crédible (voir l’inutile personnage de la riche avocate jouée par Eva Longoria, mariée à Freddy Rodriguez), Bad Times décrédibilise complètement la descente aux enfers du personnage de Jim Davis, qui pourrait être somme toute assez fragile et émouvant malgré la violence qu’il dégage. Mais tout cela n’est que potentiel : tel qu’il est, Bad Times n’est qu’un buddy-movie un peu plus sombre que la moyenne, filmé sans génie ni talent, et qui dessert ses acteurs en ne leur offrant rien à interpréter de vraiment probant.

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