Accueil > Actualité ciné > Critique > Borgman mardi 19 novembre 2013

Critique Borgman

Devil Inside, par Ursula Michel

Borgman

réalisé par Alex van Warmerdam

Après une longue tournée des festivals dont celui de Cannes ce printemps, Borgman s’apprête à sortir sur les écrans français. Thriller, film psychologique ou long métrage horrifique, difficile de classer le huitième film d’Alex van Warmerdam. Nimbé de mystère, parsemé de scènes choc et relevé par une touche de satanisme, la recette Borgman se risque sur un territoire accidenté où, à force de symbolisme et d’ésotérisme le spectateur peut s’égarer jusqu’à l’ennui.

Au détour d’une forêt hollandaise, on découvre trois hommes armés partis à la chasse. Mais les daims et autres cervidés peuvent dormir tranquilles. La proie qu’ils traquent est humaine. Un homme hirsute tapi au fond d’un trou parvient à leur échapper. Qui est-il ? Pourquoi fuit-il ? Quel motif poussait le trio à le débusquer ? Autant de questions en suspens. En cavale, le gaillard jette son dévolu sur une riche maison bourgeoise. Mais le propriétaire des lieux le chasse prestement et violemment de sa pelouse. Se sentant coupable, Marina son épouse lui offre le gîte et le couvert en secret. Elle laisse ainsi pénétrer chez elle Camiel Borgman, homme étrangement attirant et suprêmement dangereux. Est-il le Diable, le gourou d’une secte ou un taré psychopathe ?

À l’instar d’un Polanski époque Rosemary’s Baby, Alex van Warmerdam imagine le quotidien d’un couple (ici une famille) confronté à l’irruption d’un être malfaisant (les voisins mal intentionnés remplacés dans Borgman par un seul homme). Le choix topographique d’une magnifique demeure design perdue en rase campagne crée la tension idéale pour orchestrer la montée en puissance et en horreur à laquelle les personnages vont être confrontés. Le minimalisme architectural tout scandinave des intérieurs reflète la froideur émotionnelle des êtres qui l’habitent, terreau parfait pour accueillir l’incandescent Borgman. Réveillant les pulsions sexuelles et meurtrières des protagonistes, le héros détruit de l’intérieur la cellule familiale. Cette déliquescence annoncée, bien que trop prévisible, tient toutefois ses promesses. Les crises hystériques de Marina font écho aux colères de son mari, dont la violence, entraperçue au début du film, monte en puissance. Mais à la question centrale qui hante le métrage, à savoir quel sombre dessein anime Borgman, pas de réponse. Des pistes sont essaimées par le réalisateur qui laissent penser à une diablerie comme les séquences où Borgman nu chevauche Marina endormie la nuit et lui insuffle de violents cauchemars mâtinés d’érotisme ou la présence inopinée de lévriers (sont-ce des incarnations animales des sous-fifres de Borgman ?) mais l’absence de parti pris clair (réalisme, surnaturel ou simple délire familial) et d’éléments tangibles n’étaye pas une thèse plus qu’une autre.

Si ce choix dessert l’immersion des spectateurs, il est heureusement compensé par quelques brillantes idées de mise en scène, à l’image de l’inventivité dont font preuve les meurtriers pour faire disparaître les corps de leurs victimes. Graphiquement très beaux, absolument inédits, ces plans tirent un sourire de leur incongruité tout autant qu’un frisson. Mais ces quelques traits de génie ne masquent pas un propos trop flou qui à force de ménager diverses interprétations échoue à intéresser et encore plus à effrayer son public.

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