Accueil > Actualité ciné > Critique > Les Cowboys mardi 24 novembre 2015

Critique Les Cowboys

Un coup pour rien, par Morgan Pokée

Les Cowboys

réalisé par Thomas Bidegain

Il n’a sans doute étonné personne de voir Thomas Bidegain passer à la réalisation, tant sa renommée de scénariste le plus bankable de France est aujourd’hui inévitable. Au-delà de quelques hits bien sentis (La Famille Bélier cette année) et de sa longue collaboration avec Jacques Audiard engagée depuis De battre mon cœur s’est arrêté, Bidegain est depuis peu sollicité par un certain cinéma d’auteur (à l’initiative majoritairement des producteurs) comme la garantie d’une supposée efficacité scénaristique qui permet de rassurer les financeurs et faciliter le montage du projet. Rien que ces derniers mois, il a contribué à l’écriture du Saint Laurent de Bertrand Bonello, Vincent n’a pas d’écailles de Thomas Salvador ou encore à celle de Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore – il a récemment officié sur Les Chevaliers blancs, prochain film de Joachim Lafosse dont la sortie est prévu pour le 20 janvier prochain. Et ce n’est pas son dernier fait d’armes – une Palme d’Or attribuée à Dheepan – qui va enclencher une réduction de son emprise sur le cinéma français actuel. Emprise qui s’accompagne donc de la sortie en salles, comme un produit dérivé, de son premier long métrage comme réalisateur, Les Cowboys, adoubé par la case « Quinzaine des réalisateurs » où il aura donc étrangement côtoyé les œuvres de Philippe Garrel (L’Ombre des femmes) et d’Arnaud Desplechin (Trois souvenirs de ma jeunesse) dans la sélection de cette année.

Guerre épaisse

Au vu des récents événements tragiques qui se sont déroulés en France ces derniers jours, on aurait pu penser que la sortie des Cowboys serait repoussée, le point de départ de Bidegain s’appuyant sur la disparition soudaine et inattendue d’une jeune fille au milieu des années 90, partie rejoindre une cellule djihadiste dans les filières intégristes du Moyen-Orient. Les cowboys du titre désignent symboliquement son père et son frère, duo agencé comme un relais de témoin générationnel qui se lance à sa recherche dans une quête désespéré traversant plusieurs pays (la Belgique, le Yémen...) et se déployant sur plusieurs années (au rythme des attentats touchant New York le 11 septembre 2001 ou encore Madrid et Londres plus tard). Détails lourdement signifiants qui disent déjà l’échec flagrant du projet dans sa volonté de faire rentrer en échos la tragédie familiale et la terreur mondiale grandissante. Échec car l’impression que Bidegain est aussi dépassé par les événements que le personnage qu’interprète François Damiens prédomine largement : il faut voir le film s’empêtrer en permanence dans ces circonvolutions scénaristiques appuyés, à l’image de ces noms de personnages s’inscrivant à l’écran afin de chapitrer inutilement le film. Les Cowboys a tout du scénario platement filmé, tant la mise en scène de Bidegain, visant un classicisme hollywoodien assumé (puisant ouvertement, et avec la modestie qui caractérise habituellement ses scénarios, sa source dans rien de moins que l’œuvre de John Ford), ne réussit qu’à manifester une esthétique de carte postale d’une impersonnalité confondante – son allégeance à la forme du western ne se réduisant qu’à la simple mise en image d’un scénario abusant des ellipses comme un signe accablant de son incapacité à se donner le temps de la réflexion. Pour un film sur l’enrôlement de la jeunesse dans le fondamentalisme le plus barbare, c’est pour le moins malheureux.

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