Suite à la mort de sa grand-mère, Charlie (India Hair) s’occupe des biens légués par la défunte : parmi eux, se trouve un carton rempli de vinyles disco, qu’elle doit remettre à un inconnu habitant une station balnéaire méditerranéenne. Alors que la trentenaire célibataire est engluée dans un quotidien un peu terne à Paris, ce voyage vers le Sud représente pour elle une échappée. Pour le film, en revanche, il servira de prétexte à dérouler deux trajectoires programmatiques – une quête des origines, bientôt suivie d’un récit d’émancipation. Ces deux pans du scénario s’articulent autour d’une même image, que le mystérieux destinataire des vinyles (Eric Cantonna) montre à Charlie à son arrivée : une courte vidéo datant des années 1980 où la mère de la jeune femme danse en boîte de nuit. Prise dans l’effervescence des années disco, la figure maternelle, décédée quand Charlie était encore adolescente, se révèle aux yeux de sa fille sous un jour inédit. Dans un premier temps, il s’agira donc pour elle d’en apprendre davantage sur le passé de sa génitrice, au contact de cet ancien ami que Charlie imagine être son père, qu’elle n’a jamais connu. Plus encore, la vidéo qu’elle se passe en boucle devient peu à peu un modèle pour vivre sa vie plus intensément. Un plan symbolise cette logique : tandis qu’elle regarde une énième fois les images sur un écran de télévision, Charlie se met à reproduire les pas de danse de sa mère. Le cadrage insiste alors sur la superposition entre la femme à l’écran et le reflet de sa fille, qui tente laborieusement de l’imiter.
Avril Besson tente certes d’insuffler de la légèreté à ce schéma narratif, en jouant sur le décalage entre la gravité des événements évoqués et l’attitude détachée, légèrement goofy, de sa protagoniste – une trentenaire lunaire et déphasée, figure qui ressemble de plus en plus à un nouvel archétype du cinéma français (Laure Calamy et Lætitia Dosch sont passées par là). Si la réalisatrice ne manque pas de tendresse pour ses personnages, elle a aussi la main lourde pour forcer l’empathie envers la sensibilité à fleur de peau de Charlie, à l’image d’une scène de karaoké où elle reprend « Mon amie la rose » de Françoise Hardy. Filmée in extenso, la performance peine à faire advenir l’émotion recherchée à cause des coquetteries de la mise en scène : plan unique, zoom se resserrant lentement sur le visage d’India Hair, regard caméra de cette dernière. Le personnage de Marina (Raya Martiny), la serveuse flamboyante du bar du coin qui héberge Charlie, souffre de son côté d’une caractérisation schématique. Ses interactions sommaires avec une galerie de figures secondaires (son ex, une ado rebelle, un homme en fin de vie auquel elle rend visite quotidiennement, etc.) servent avant tout à peindre une femme à la carapace dure mais au cœur tendre, sans réussir à masquer le rôle fonctionnel des habitants de la petite ville. Mal assorties au premier abord, les deux personnages vont finir par se rapprocher, permettant à Charlie de vivre une seconde jeunesse à travers une romance lesbienne. Alors que vers la fin du film le duo partage une dose de LSD, une séquence nocturne laisse espérer que la cinéaste va lâcher la bride de son récit pour laisser une situation s’installer dans la durée, en observant leur rapprochement à mesure que la drogue altère leur perception. Malheureusement, on n’aura pas accès à cette expérience importante dans l’évolution de Charlie : une ellipse nous projette soudain au petit matin, où les deux femmes apparaissent hilares, en proie à des hallucinations. Les Matins Merveilleux bute ainsi sur le paradoxe de vouloir filmer un éveil à la liberté à travers une forme qui en est elle-même dépourvue.