© Luis Arteaga
Death Has No Master

Death Has No Master

de Jorge Thielen Hedderich

Death Has No Master

de Jorge Thielen Hedderich

Her Private Hell


Her Private Hell

Caro (Asia Argento) débarque au Venezuela pour vendre la grande maison de son père, située au milieu d’une plantation de cacao dans la jungle. Elle avait quitté le pays enfant et arrive donc en étrangère pour découvrir que le personnel de la maison s’est approprié les lieux décrépis, vestiges de l’époque coloniale. Le générique de début, qui s’enfonce à la suite d’une voiture le long d’une route sinueuse et en pente, annonce la couleur : pour Caro, ce retour « chez elle » sera une descente aux enfers. Si le vieux gardien de la maison l’accueille et l’appelle volontiers « patronne », Sonia (Dogreika Tovar), la servante de l’âge de Caro, refuse de quitter les lieux avec son fils. Le film explore dès lors ces différents rapports conflictuels en reconfigurant les dynamiques de domination.

Jorge Thielen Hedderich imagine sans doute injecter de l’ambivalence à travers son personnage mal aimable, qui revêt bientôt les parures du colonialisme (« il ne vous manque plus que le fouet », lui dit une policière à qui elle est venue se plaindre de la présence des « squatteurs »), mais l’horizon du genre l’empêche d’accéder à cette complexité. De multiples signaux, dont des rêves prémonitoires, indiquent en effet que cette histoire est vouée à se terminer dans le sang. Le cinéaste ne cesse de retarder l’explosion en insistant plutôt sur l’atmosphère poisseuse et la lente déréliction de la femme s’enfermant dans des intérieurs sombres. Passe encore ce récit parfaitement artificiel, mais la mise en scène de Thielen Hedderich ne parvient pas à insuffler le trouble recherché. Elle bute même contre ses intentions, en ne cessant de filmer les personnages non blancs comme des menaces, incapable de prendre de la distance face au ressenti de son anti-héroïne. Le point de vue n’est dès lors pas tordu, mais puant, jusqu’à l’inversion au cœur de l’une des dernières scènes, qui montre Sonia fouetter Caro avec rage, comme une revanche sur l’Histoire. Le bain de sang expéditif qui suit, puis l’ultime symbole appuyé (un personnage qui tente de laver ses péchés dans le bassin aux eaux sombres de la villa) achèvent de faire de Death Has No Master l’un des films les moins inspirés et les plus bêtes de ce festival.

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