Dernier né de la franchise Alien, Romulus semble revenir dans un premier temps à la racine de la saga avec un film d’horreur claustrophobique. Fondé sur une dynamique de relance (du programme narratif et thématique, d’un vaisseau, d’un monstre à faire revivre une fois de plus), le récit épouse un argument assez simple : un groupe d’ouvriers, coincés sur une planète minière aux allures de purgatoire, pénètre une station spatiale abandonnée dans l’espoir de quitter leur prison infernale, mais y rencontrent les fameux facehuggers, chestbusters et autres xénomorphes. Après un prologue entièrement silencieux consacré à la capture du cadavre de l’Alien du tout premier volet, le début du film, plutôt bien tenu, suit les jeunes adultes explorer tour à tour leur futur tombeau. De manière ludique, la mise en scène intègre alors la charge sexuelle inhérente à la saga dans l’architecture même du vaisseau, ainsi qu’à travers les interactions entre les personnages et l’espace qui les entoure. Un premier tunnel, très étroit, s’ouvre par exemple à la manière d’un anus dilaté, tandis qu’un cargo se détache plus tard d’une station spatiale puis s’accroche à un autre véhicule pour évoquer une fécondation. Plus loin, alors que la gravité est rétablie à l’intérieur de l’épave, l’un des ouvriers chute et signale qu’il s’est cassé le coccyx. On le voit, le film ne manque pas d’idées pour filer sa métaphore : l’acte et le processus de reproduction impliquent le développement d’un corps étranger qui menace d’altérer celui de son hôte. L’angoisse de la pénétration et de la maternité se couple à l’horizon de la renaissance et de l’accouchement de nouveaux nés : que ce soient les monstres ou les films eux-mêmes, chaque nouvel Alien sonne comme la promesse d’une résurrection autant que d’une autodestruction. Un enjeu dont Romulus semble avoir parfaitement conscience.
On y croit un temps, d’autant que les boursouflures ésotériques que Scott greffait à Prometheus et Covenant semblent ne pas être de la partie. Les effets horrifiques prennent le dessus sur les grands discours et se fondent avant tout sur des enjeux d’espace (une porte à ouvrir ou à fermer) et d’environnement (une pièce à traverser dans le silence absolu, un corridor que des personnages franchissent en lévitant entre des gerbes d’acide, etc.). Hélas, l’ensemble pâtit de l’application avec laquelle Álvarez cherche non seulement à rendre hommage au premier Alien, mais aussi à l’ensemble de ses suites. Au fur et à mesure du récit, le film pêche par gourmandise cinéphile et reconduit les conflits inhérents à l’ensemble de la saga, tiraillée entre le slasher, le film d’action et le freak show carnavalesque. Scott, Cameron, Fincher et même Jeunet : on devine d’une séquence à une autre qu’Álvarez a bien révisé ses classiques. Si la copie se révèle sans grande bavure et légèrement au-dessus du tout venant du cinéma de science-fiction hollywoodien, elle manque cependant de singularité. Renaître, mourir, puis renaître à nouveau, d’accord, mais pour faire quoi ?