© Gaumont / Olivier Marceny
Black Tea

Black Tea

de Abderrahmane Sissako

  • Black Tea

  • Mauritanie, France2024
  • Réalisation : Abderrahmane Sissako
  • Scénario : Abderrahmane Sissako, Kessen Tall
  • Image : Aymerick Pilarski
  • Montage : Nadia Ben Rachid
  • Producteur(s) : Julien Deris, Denis Freyd, David Gauquié, Jean-Luc Ormières
  • Production : Cinéfrance Studios, Archipel 35, Dune Vision
  • Interprétation : Nina Mélo (Aya), Han Chang (Cai), Ke-Wi Xu (Ying), Michael Chang (Li-Ben)...
  • Distributeur : Gaumont
  • Date de sortie : 28 février 2024
  • Durée : 1h50

Black Tea

de Abderrahmane Sissako

Dilution


Dilution

Dix ans après son dernier film, l’acclamé Timbuktu, Abderrahmane Sissako signe un mélodrame cotonneux qui suit le quotidien d’Aya, une jeune Ivoirienne, dans le quartier de « Chocolate City » (sic) à Guangzhou. Après avoir abandonné son fiancé devant l’autel et quitté sa famille, elle s’est installée en Chine où elle tombe peu à peu amoureuse de Cai, un fabricant de thé au passé trouble, père d’un fils chinois et d’une fille capverdienne qu’il n’a pas vue depuis des années. Sur fond d’exil, d’acclimatation culturelle et de mixité ethnique, Black Tea fait de l’infusion sa principale (et seule) métaphore en mesure d’exalter cette rencontre entre deux mondes qui cherchent à se fondre l’un dans l’autre. Si le film se compose en grande partie de séquences programmatiques, consacrées à la peinture d’affects et de sentiments contrariés, il cultive malgré tout une certaine singularité par le recours expansif aux surimpressions et aux fondus enchaînés – illustrations évidentes du processus de l’infusion – lorsqu’il s’agit de montrer les différents personnages évoluer dans leur environnement.

Comme recouvertes d’un voile ou de leur propre reflet (par exemple, les lumières d’une devanture sont redoublées par une transparence qui reproduit, à l’envers, le même plan), les images se diluent entre elles avec un degré parfois étonnant de sophistication, rompant ici et là le ronron du scénario (l’histoire d’amour est mise à mal, mais résistera aux injonctions). L’infusion au cœur du dispositif et du récit ne prend toutefois jamais vraiment, dans la mesure où Sissako distingue les scènes de dialogue de ses scènes d’errances urbaines, blocs d’expérimentations bien plus fertiles où tout se joue dans les ondulations d’images composites et hétérogènes (corps et décors s’y chevauchent à la manière de toiles cubistes). De Black Tea, on retiendra davantage les luminaires se superposant à la silhouette d’Aya dans les rues écarlates de Guangzhou que les conversations sur le thé, les amours perdues d’un petit patron torturé ou la vie des expatriés africains en Chine, dont le film ne brosse finalement qu’un portrait assez sommaire.

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