Ah là là ! Dur métier que celui de traducteur ! Remarquez, il suffit aujourd’hui d’un Very Bad Trip en lieu et place de The Hangover (« La Gueule de bois ») pour connaître la gloire sur une poignée de Tumblr narquois, mais l’art du traducteur sans subtilité est pourvu d’une belle histoire, particulièrement dans le bis[1]Souvenons-nous du mystérieux I Walked with a Zombie de Jacques Tourneur devenu Vaudou, du giallo La corta notte delle bambole di vetro (« La Courte Nuit des papillons de verre ») changé en lapidaire Je suis vivant !, ou encore de Il Conquistatore di Atlantide transformé en somptueux Goldocrack à la conquête de l’Atlantide…. Une tradition florissante où le beau et mystérieux As Above, So Below devenant Catacombes trouve joliment sa place. Aurait-on eu peur d’effaroucher le chalant en évoquant une formule mystique un rien trop obscure ? Dans ce cas, la même appréhension aura sans doute habité les distributeurs, qui nous ont pondu une bande-annonce résolument orientée vers le thème bien rebattu du passé-qui-resurgit-pour-nous-hanter – dommage, alors que Catacombes tente timidement de sortir des sentiers battus.
Documentariste, métier à haut risque
Nous voici donc en présence de Scarlett, jeune archéologue photogénique et ultra-surdiplômée, marchant sur les pas de son défunt père dans une quête de la pierre philosophale. Globe-trotter infatigable, la belle est aujourd’hui convaincue que l’artefact se trouve dissimulé dans un coin des plus reculés des catacombes parisiennes. Le temps de recruter une équipe de jeunes spéléos urbains enthousiastes, et voilà la fine équipe partie pour une ballade totalement illégale dans le sous-sol parisien, le tout étant filmé par une armée de caméras miniatures fixées aux casques des uns et des autres. Ah, le found footage… – au moins, cet avatar-ci du sous-genre a‑t-il le mérite d’évoquer vaguement Aliens, qui avait pressenti la force de cette idée formelle avant tout le monde. Dynamique, la mise en scène de John Erick Dowdle ne s’encombre d’aucun temps mort, ne s’arrête guère pour se poser des questions de forme et, appliquée à la dramaturgie de The Descent, s’avère par moment authentiquement claustrophobique. Assez intelligemment, le film s’autorise à aller de caméra en caméra, à mesure que les unes et les autres sont détruites ou perdues au gré des péripéties. Et pourquoi pas ? Alors que la plupart des found footage semblent encombrés par la nécessité de justifier leur forme, Catacombes se dispense de cette lourdeur, préférant explorer les possibilités offertes par la conjonction de sa forme et de son formidable environnement.
Le secret derrière la porte
On peut se demander quelle mouche a piqué les concepteurs de Catacombes : pourquoi les catacombes, endroit éminemment photogénique jusqu’ici copieusement ignoré par le cinéma d’horreur, les ont-elles intéressés ? En tous cas, force est de constater que quelques couloirs judicieusement mis en scène, assortis d’une poignée de plans authentiques des catacombes et de paysages parisiens[2]Mention spéciale au square Montaigne, filmé de nuit alors qu’il est normalement fermé à cette heure-là, mais il faut comprendre John Erick Dowdle : mettre l’abbaye de Cluny en fond c’est super classe., constituent un très acceptable labyrinthe, plutôt crédible et inquiétant. Mais la véritable qualité du film vient de l’attention portée à un mysticisme qui, pour hérité de l’ère Da Vinci Code qu’il soit, donne à Catacombes une solidité intellectuelle bienvenue. Ainsi, le film échappe-t-il à la plate illustration de son idée formelle pour se transformer en parcours du combattant parsemé d’énigmes – ce qui ne dépare pas dans la thématique alchimique qui baigne le film. Catacombes ne manque pas d’ambition, et parvient à distiller un mystère à la dimension intellectuelle inattendue. Ce liant lui permet d’agglomérer harmonieusement des éléments cent fois vus : créatures fantomatiques, acceptation de soi comme clé de la survie, passé encombrant, found footage… Beaucoup de réchauffé au menu, donc, mais un soupçon d’originalité et d’intelligence donne à Catacombes des airs de vraie bonne série B.
Notes
| ↑1 | Souvenons-nous du mystérieux I Walked with a Zombie de Jacques Tourneur devenu Vaudou, du giallo La corta notte delle bambole di vetro (« La Courte Nuit des papillons de verre ») changé en lapidaire Je suis vivant !, ou encore de Il Conquistatore di Atlantide transformé en somptueux Goldocrack à la conquête de l’Atlantide… |
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| ↑2 | Mention spéciale au square Montaigne, filmé de nuit alors qu’il est normalement fermé à cette heure-là, mais il faut comprendre John Erick Dowdle : mettre l’abbaye de Cluny en fond c’est super classe. |