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L’Amour au présent

L’Amour au présent

de John Crowley

  • L’Amour au présent
  • (We Live in Time)

  • Royaume-Uni, France2024
  • Réalisation : John Crowley
  • Scénario : Nick Payne
  • Image : Stuart Bentley
  • Costumes : Liza Bracey
  • Montage : Justine Wright
  • Producteur(s) : Adam Ackland, Leah Clarke, Guy Heeley
  • Production : Film4, SunnyMarch
  • Interprétation : Andrew Garfield (Tobias Durand), Florence Pugh (Almut Brühl), Grace Delaney (Ella)...
  • Distributeur : Studiocanal
  • Date de sortie : 1 janvier 2025
  • Durée : 1h48

L’Amour au présent

de John Crowley

Le temps d'après


Le temps d'après

L’Amour au présent marche sur les traces de Nos étoiles contraires, le best-seller de John Green dont l’adaptation cinématographique (en 2014) a remis au goût du jour la romance sur fond de chimiothérapie, vieille recette de mélo hollywoodien sur laquelle reposait déjà le succès planétaire de Love Story au début des années 1970. Dans ce genre de récits, la conscience de la fragilité de la vie et du temps qui rétrécit s’oppose à l’amour inconditionnel, toujours plus fort que la mort : chaque moment passé auprès de l’être aimé se charge ainsi d’une intensité rare, touchant presque à l’éternité.

Se sentir à la fois mortel et éternel, voilà le sentiment paradoxal sur lequel l’histoire d’amour qui lie Tobias (Andrew Garfield) à Almut (Florence Pugh) va se jouer. On ne ressent pourtant ni l’un ni l’autre : dans la chronique de la maladie (traitée de façon très sommaire et elliptique) comme dans les moments plus intimes (ramenés, étape par étape, à un schéma typique de romcom), le film peine à faire sentir la solidité d’un lien, l’importance d’une parole, la force d’une promesse. De la rencontre accidentelle aux premiers signes de la maladie, en passant par un accouchement improvisé dans les toilettes d’une station-service, chaque coup du destin, heureux ou malheureux, est restitué avec la même platitude, jusqu’au moment où vient le chant du cygne. Celui-ci prend la forme d’un concours culinaire digne de Top chef, offrant à Almut l’illusion d’avoir vaincu la maladie, tout en donnant un semblant de sens à sa vie (en montrant à sa fille qu’il faut se battre).

Cette séquence du concours, Tobias la filme sur son téléphone et la regarde déjà avec sa fille comme un souvenir à partager pour plus tard. Tout le film pourrait être décrit de cette façon : jamais « au présent » (comme l’indique pourtant le titre français), toujours dans le temps d’après, comme déjà dédié au regret et à la nostalgie. C’est sans doute la raison pour laquelle on ne ressent pas la difficulté des épreuves traversées par les personnages : ni la demande exprimée par Almut avant son premier jour de traitement (elle insiste pour avoir une dernière relation sexuelle), ni la violence de son changement physique (qu’elle anticipe en demandant à Tobias de la tondre et de conserver ses cheveux dans une boîte) ne sont traités comme des moments singuliers – ils passent au contraire comme des lettres à la poste dans la temporalité douce et flottante du film. Les minauderies incessantes de Florence Pugh et le jeu très larmoyant d’Andrew Garfield accentuent ce côté doucereux, comme si les acteurs mimaient à chaque instant l’émotion que le film ne parvient pas à produire.

S’il avait été fait un peu plus ferme dans ses choix, peut-être un peu moins délicat, moins prude, aussi (le sexe, souvent évoqué, est à peine figuré à l’écran), L’Amour au présent aurait pu être un beau mélodrame spectral et endeuillé, ce que fut l’an dernier All of Us Strangers. Par défaut, on pourra le voir comme un joli album d’images, comparable à ceux que fabriquent pour nous les réseaux sociaux quand ils se souviennent de notre vie à notre place et redistribuent, au hasard des dates, des fragments de la vie ordinaire qui acquièrent rétrospectivement un semblant de relief.

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