Ce n’est pas une nouveauté, mais ces temps-ci, dans le cadre de coproductions diverses, les Britanniques se piquent de biopics. Après le consternant La Dame de Fer de Phyllida Lloyd, voici venu le tour de Marilyn.
À défaut d’une Marilyn pour de vrai, il était assez excitant de découvrir l’actrice américaine la plus passionnante du moment pour la camper. Michelle Williams décrit une trajectoire singulière allant de la série Dawson à la marge (et au meilleur) du cinéma américain indépendant – notamment ses deux rôles formidables chez Kelly Reichardt (Wendy et Lucy et La Dernière Piste) –, en passant par quelques embardées convaincantes dans Le Secret de Brokeback Mountain d’Ang Lee ou Shutter Island de Martin Scorsese. Et ici, un rôle estampillé « à Oscar », qui lui a échappé puisqu’il est tombé dans le brushing de Margaret Thatcher. Inutile évidemment de s’adonner au jeu des ressemblances et différences entre Marilyn Monroe et Michelle Williams ; cette dernière est moins gironde, ne dégage pas la même affolante sensualité dans ses « négligés » à faire tourner de l’œil, etc. Notons simplement que Michelle Williams y va avec un engagement perceptible, en ayant beaucoup travaillé – en attestent les numéros musicaux auxquels elle prête sa propre voix.
Malgré cette conviction, nulle véritable étincelle ne se produit, ni en tant que représentation de celle qui jouait « pour la caméra », ni en tant que personnage « réincarné » et recomposé à partir d’une trame based on a true story. Au moins, le film n’a pas la prétention d’embrasser l’ensemble de l’existence de la star hollywoodienne ; le scénario est en effet issu de l’adaptation de deux récits autobiographiques de Colin Clark : The Prince, the Showgirl and Me et Une semaine avec Marilyn. Ce jeune homme de la haute société, diplômé d’Oxford, n’aspire qu’à une chose : jouer les saltimbanques dans le milieu du cinéma. C’est chose faite lorsqu’il est engagé comme troisième assistant pour le tournage du Prince et la danseuse, luxueuse production réunissant Marilyn Monroe et Sir Laurence Olivier dans les rôles-titres. Promis à la distribution du café et à se faire souffler dans les bronches, il noue une relation particulière avec l’actrice, jusqu’à partager une semaine d’intimité avec elle, et quelques étreintes.
Si le prisme d’un temps resserré représente une idée a priori salvatrice, il advient que l’on retombe platement dans les travers du biopic : une enfilade d’anecdotes. À peine consommé, le mariage avec Arthur Miller bat déjà de l’aile ; angoissée et perfectionniste, Marilyn arrive constamment en retard sur le plateau et carbure à un cocktail explosif à base de médicaments et d’alcool ; complexée, elle lutte pour sa légitimité artistique et culturelle (avec Ulysse de James Joyce comme compagnon de voyage) ; jaloux et orgueilleux, Laurence Olivier supporte mal les égards et l’admiration des uns et des autres pour l’actrice. Et ainsi de suite. Si ce n’est de filmer Marilyn comme une représentation – sur un écran que Clark dévore des yeux – dans la scène d’ouverture, la mise en scène finit de noyer ce portrait intime dans une forme édulcorée et sans âme. L’usage grossier du montage, de la musique et du son fait même de My Week With Marilyn un produit audiovisuel assez assommant. Et surtout, jamais les moyens du cinéma ne sont réellement convoqués pour tenter d’imaginer comment rendre à l’image un mythe et une figure iconique.