Où est la main de l’homme sans tête

Où est la main de l’homme sans tête

de Guillaume Malandrin, Stéphane Malandrin

  • Où est la main de l’homme sans tête

  • France, Belgique2009
  • Réalisation : Guillaume Malandrin, Stéphane Malandrin
  • Scénario : Guillaume Malandrin, Stéphane Malandrin
  • Image : Nicolas Guicheteau
  • Montage : Anne-Laure Guéguan
  • Musique : Jeff Mercelis
  • Producteur(s) : Vincent Tavier, Philippe Kaufmann, Guillaume Malandrin
  • Interprétation : Cécile de France (Eva Sanders), Ulrich Tukur (Peter), Bouli Lanners (Mathias)...
  • Date de sortie : 20 mai 2009
  • Durée : 1h44

Où est la main de l’homme sans tête

de Guillaume Malandrin, Stéphane Malandrin

L'herbe rouge au fond de la piscine


L'herbe rouge au fond de la piscine

À peine sortie de sous la cornette de Sœur Sourire, voici revenir Cécile de France, cette fois au centre d’un thriller sombre et ambigu, sous les cieux grisâtres de la Belgique. Le paysage du plat pays attire décidément l’intérêt des polars de haute tenue et ambitieux : après l’excellente surprise de Bons baisers de Bruges, Où est la main de l’homme sans tête, avec son intrigant titre à rallonge, lorgne plus volontiers vers le Polanski de Répulsion et Rosemary’s Baby. Hélas, le film ne parvient pas toujours à se hausser à la hauteur de ses ambitions…

Eva est nageuse de haut niveau, couvée et entourée par un père autoritaire. Lors d’une compétition, au moment de sauter, Eva aperçoit dans l’eau une ombre indistincte qui la terrifie. Déconcentrée, sa tête heurte le plongeoir, la précipitant dans un coma profond de plusieurs semaines. À sa sortie de l’hôpital, la jeune fille se voit proposer par son père impatient de reprendre au plus vite l’entraînement. Mais Eva, quant à elle, est étonnée de ce que son frère ne soit pas venu la voir. Rapidement, elle pense découvrir que son frère a disparu, depuis un certain temps. Et si son père, cette figure dominante et autoritaire, et avec qui son frère ne s’entendait pas du tout, était responsable de sa disparition ?

L’ombre de Roman Polanski plane manifestement sur le film : on évoque très vite les paranoïas troublantes et terrifiantes du Locataire, de Rosemary’s Baby ou de Répulsion – car tout l’enjeu d’Où est la main de l’homme sans tête est, comme dans les trois films précités, de susciter autant de trouble et de perte de repères de la part du spectateur que du personnage principal. C’est donc un récit totalement introspectif, qui n’offre jamais d’autre point de vue que celui d’Eva, avec néanmoins un bémol. Là où Polanski adoptait sans réserve le point de vue de Catherine Deneuve dans Répulsion, plongeant le spectateur dans les mêmes spasmes de terreur que le personnage, Où est la main de l’homme sans tête se détache parfois d’Eva, pour filmer quelques scènes anodines, mais qui mises en perspective alimentent la paranoïa interprétative du spectateur. On s’éloigne donc du brillant exercice de style de Polanski pour se rapprocher de l’«émotion esthétique » de Franju, qui implique plus fortement la symbiose entre le film et son spectateur.

Autant dire que Guillaume Malandrin s’en sort avec les honneurs, car s’il est possible d’aligner un annuaire entier de références cinématographiques pour analyser le film (on peut notamment rajouter le Wenders des Ailes du désir pour l’esthétisme de la mise en scène urbaine), le réalisateur tente malgré tout, judicieusement, d’imposer son style. Et son style passe avant tout par le labyrinthe narratif : cassures de rythme, temporalité éclatée, jeux de faux-semblants visuels pour construire subtilement le monde intérieur d’une héroïne paranoïaque (dans l’utilisation notamment de « l’homme sans main » et de « l’homme sans tête ») – tout est mis en œuvre pour construire un récit oppressant, pour happer son spectateur. Il semble que pour Malandrin, le thriller n’existe avant tout que par la part qu’y prend son auditoire : il projette donc son film sur son spectateur… et c’est là que le bât blesse. Car pour ambitieux, rigoureux et intelligent que soit Où est la main de l’homme sans tête, Malandrin finit par se perdre lui-même dans les jeux de miroirs et de fumée qu’il met en place pour perdre son auditoire.

C’est donc un film rigoureux, intéressant et oppressant que Où est la main de l’homme sans tête – mais un film auquel manque peut-être la capacité de doser son angoisse, de tempérer le doute et la peur au profit d’un vertige narratif plus sensitif et moins artificiel – un vertige que la conclusion du film parvient malgré tout à nous faire ressentir, preuve qu’il y a certainement beaucoup à attendre du cinéma de Malandrin. Film ambitieux, Où est la main de l’homme sans tête est de plus porté qu’il est par une interprétation sans faute, surtout de la part d’un Bouli Lanners étonnant dans un rôle purement dramatique, de l’angoissant Ulrich Tukur et de Cécile de France qui, si elle n’évite pas toujours les pièges du surjeu affecté, trouve plutôt bien sa place dans la distribution d’un thriller à la réussite en demi-teinte.

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