Cela faisait depuis 2009 et Jusqu’en enfer (Drag Me to Hell) que Sam Raimi n’avait pas réalisé un film d’horreur – et un projet original, c’est-à-dire non rattaché à une franchise ou à un classique du cinéma (son prequel du Magicien d’Oz en 2013). Vendu comme un retour aux sources de la comédie horrifique ou de l’horrifique teinté de burlesque (soit la matrice d’Evil Dead, ce qu’il a fait de mieux), Send Help s’affirme pourtant comme le projet le moins singulier porté à ce jour par le cinéaste. Linda (Rachel McAdams), une employée de bureau hyper compétente mais raillée par ses collègues pour sa bizarrerie, échoue sur une île thaïlandaise déserte en compagnie de son insupportable PDG, Bradley (Dylan O’Brien), après le crash du jet privé qui les emmenait à un rendez-vous d’affaires à Bangkok. Juste avant la catastrophe, Bradley et le boys club à la tête de l’entreprise se moquaient d’une vidéo de l’audition, forcément ridicule, de Linda pour l’émission Survivor – l’équivalent chez nous de Koh-Lanta. La tempête qui s’abat ressemble alors à une malice du destin : désormais piégé dans un environnement sauvage, le petit coq doit s’appuyer sur les talents de sa subalterne rabrouée, férue de survivalisme. Lui n’en mène pas large, quand elle fait étalage de son sens de l’organisation et de la débrouillardise, ce qui occasionne une inversion du rapport de force initial.
Cela vous rappelle un truc ? C’est normal : Send Help reprend la trame de la dernière partie de Sans filtre et va jusqu’à lui emprunter – attention, divulgâchage – son twist final, que l’on voit venir très tôt dans le film. Ce programme de lutte des classes appliquée au survival entend ménager sa singularité par la relation trouble des deux rescapés et la personnalité tordue de Linda, loin d’être une oie blanche. Mais il mine au passage son potentiel satirique à coups de rebondissements scénaristiques, pour relancer une intrigue somme toute minimale. Le plus décevant est de constater qu’il ne reste plus grand-chose de la signature de Sam Raimi, réduite à quelques gerbes d’hémoglobine et à un mauvais esprit visant sans doute un jeu de massacre « jouissif ». Même là, il est cependant difficile de ne pas voir l’inspiration ostlündienne : le gore opère le même rôle que le vomi – qu’on finit d’ailleurs par retrouver. À l’arrivée, le film noie définitivement son horizon de fable anticapitaliste pour célébrer paresseusement la revanche sociale (et friquée) d’un ancien vilain petit canard. Il manque à Send Help l’essentiel, cette qualité derrière laquelle il court à perdre haleine : la subversion.