© Le Pacte
Sorry We Missed You

Sorry We Missed You

de Ken Loach

  • Sorry We Missed You

  • Royaume-Uni, Belgique, France2019
  • Réalisation : Ken Loach
  • Scénario : Paul Laverty
  • Producteur(s) : Sixteen Films, Les Films du Fleuve, Why Not Productions, France 2 Cinéma, British Film Institute, BBC
  • Interprétation : Kris Hitchen (Ricky Turner), Debbie Honeywood (Abby Turner), Rhys Stone (Seb), Katie Proctor (Liza Jane), Ross Brewster (Gavin Maloney), Charlie Richmond (Henry Morgan)...
  • Distributeur : Le Pacte
  • Date de sortie : 23 octobre 2019
  • Durée : 1h40

Sorry We Missed You

de Ken Loach

Les limites de la routine


Les limites de la routine

« Mais qu’est-il donc arrivée à la journée de huit heures ? » La question, sur laquelle se referme une séquence, constitue le « problème » du nouveau film de Ken Loach, toujours coscénarisé avec Paul Laverty. Problème plus que sujet, car l’intérêt du film tient précisément dans la manière dont il rend compte d’une reconfiguration du capitalisme – l’adoption d’un auto-entreprenariat de façade pour mieux contourner les protections sociales garanties par le statut salarial –, afin de montrer l’ensemble des répercussions sur une famille qui peine à joindre les deux bouts. La stratégie n’est pas dénuée d’habileté et fait preuve d’un peu plus de finesse que dans les derniers Loach (notamment Moi, Daniel Blake) : avant de basculer définitivement dans la démonstration, on sait gré au film d’avoir pris la peine de documenter un milieu professionnel et de représenter les différents cas de figure que rencontre un livreur qui, tout en étant sur le papier « son propre patron », se voit soumis à des impératifs plus ou moins tacites dont les effets pervers sont nombreux.

Reste que la part « documentaire » du film finit par ployer sous le poids de son programme, qui dessine d’abord quelques micro-résistances collectives (un collectif de graffeurs, la bienveillance désintéressée de la mère de famille, aide-soignante à domicile, etc.), puis bascule dans la chronique d’une famille en plein chaos. La vision marxiste de Loach et Laverty, qui met donc le capital au centre des différentes interactions représentées, joue sur une causalité qui reste avant tout une affaire de scénario. La rébellion de l’aîné, les crises d’angoisse de la cadette, la nervosité du père et les déchirements du couple : tout part du travail et de l’aliénation dont sont victimes les parents. Loach remplit son contrat avec une sécheresse qu’il ne faudrait toutefois pas confondre avec de l’épure : il s’agit plutôt d’une routine, comme en témoignent ces fondus au noir caractéristiques de la construction dramaturgique de ses derniers films et dont on peut désormais anticiper le surgissement.

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