Upside Down
Upside Down
    • Upside Down
    • Canada, France
    •  - 
    • 2012
  • Réalisation : Juan Solanas
  • Scénario : Juan Solanas
  • Image : Pierre Gill
  • Montage : Paul Jutras
  • Musique : Benoît Charest
  • Producteur(s) : Claude Léger, Jonathan Vanger, Dimitri Rassam, Aton Soumache
  • Interprétation : Jim Sturgess (Adam Kirk), Kirsten Dunst (Eden Moore), Timothy Spall (Bob Boruchowitz), James Kidnie (William Lagavulin)...
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Date de sortie : 1 mai 2013
  • Durée : 1h45
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Upside Down

réalisé par Juan Solanas

La SF deviendrait-elle glamour ? Telle est la question qu’on est en droit de se poser à la découverte du casting d’Upside Down. Après Halle Berry (Cloud Atlas), Tom Cruise (Oblivion) et Brad Pitt dans quelques semaines (World War Z), c’est au tour de Kirsten Dunst, l’égérie du cinéma indépendant américain et de Jim Sturgess, le beau gosse qui cherche le rôle qui le fera exploser, de s’encanailler du côté du cinéma de genre. Cette starification des affiches de films de science-fiction marque-t-elle un repositionnement de la part de certains acteurs pour toucher un public plus large et plus jeune (le fameux adolescent) ou annonce-t-elle une véritable révolution SF, drainant la curiosité des grands noms d’Hollywood sur des projets jusque-là confidentiels ? La réponse fournie par Upside Down n’est malheureusement pas à la hauteur des attentes de son synopsis aguicheur.

Quelque part dans l’univers, deux planètes, l’une au-dessus de l’autre, se touchant presque, ne partagent pas la même gravité. Pire, celui qui changerait de planète continuerait à dépendre de sa propre gravité. Malgré les échanges commerciaux qui les unissent, toutes relations entre habitants d’en haut et d’en bas sont proscrites. Quand Adam rencontre Eden (la symbolique pachydermique des prénoms), les lois d’airain des deux mondes sont dynamitées, le jeune homme étant prêt à tout risquer pour son amour. Romance à l’eau de rose, séquences téléphonées, symbolique ciselée au marteau-piqueur, la subtilité scénaristique ne semble pas une qualité de Juan Solanas, le réalisateur/scénariste d’Upside Down. En revanche les premières images du film démontraient une volonté formelle ambitieuse.

Avec son histoire de gravité, substantifique moelle du synopsis, Solanas tient une occasion rare de jouer de l’image, d’en épuiser les limites terrestres et humaines, bref de produire du cinéma inventif, ne serait-ce que formellement (oublions clairement toute pertinence scénaristique). Et force est de constater qu’à certains moments la coexistence des deux gravités au sein du même espace produit l’étrangeté inhérente à la SF. Les scènes de bureaux en open-space où travaillent simultanément des représentants des deux planètes montrent à la fois par un effet de miroir la ressemblance des êtres du haut et du bas et la vertigineuse différence qui les sépare.

Malgré toute la créativité que cette situation gravitationnelle pourrait susciter, elle est rapidement neutralisée par une direction photo insoutenable, rappelant Lovely Bones de Peter Jackson. Tandis que les intérieurs (les fameuses scènes de bureau) jouent sur des lumières froides, esthétisantes mais peu novatrices, les extérieurs (de la planète du haut) vomissent des couchers de soleil exténuants et des couleurs pop délavées. Ces choix d’éclairage, combinés à un scénario anorexique et aux prestations anecdotiques des acteurs (Kirsten Dunst quasi-figurante de son propre film) transforment la bonne idée Upside Down en ganache écœurante. Trop de pistes laissées en plan, trop de plans capillotractés où l’on cherche à démêler le haut du bas, trop de culs de sac narratifs, Upside Down brille par une prétention colossale, rate sa mise en image et ringardise l’écriture SF. Une triple chute.

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