© Netflix
Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés

Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés

de Rian Johnson

  • Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés
  • (Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery)

  • États-Unis2025
  • Réalisation : Rian Johnson
  • Scénario : Rian Johnson
  • Image : Steve Yedlin
  • Costumes : Jenny Eagan
  • Montage : Bob Ducsay
  • Musique : Nathan Johnson
  • Producteur(s) : Ram Bergman, Rian Johnson
  • Production : T-Street Productions, Ram Bergman Productions
  • Interprétation : Daniel Craig (Benoît Blanc), Josh O' Connor (le père Jud), Josh Brolin (Mgr. Jefferson Wicks), Glenn Close (Marha Delacroix), Mila Kunis (Geraldine Scott), Jeremy Renner (Dr Nat Sharp)...
  • Distributeur : Netflix
  • Date de sortie VOD : 12 décembre 2025
  • Durée : 2h20

Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés

de Rian Johnson

Un somme pour Noël ?


Un somme pour Noël ?

Le détective Benoît Blanc (Daniel Craig) reprend son costume d’Hercule Poirot des plateformes dans Wake Up Dead Man, troisième volet de Knives out, franchise que Rian Johnson développe désormais au rythme d’un film tous les trois ans. Rien de nouveau sous le soleil : la comédie policière se replie sur ses bases littéraires (Edgar Poe et Agatha Christie, ouvertement cités) et son casting all stars, en tête duquel figurent Josh O’ Connor et Glenn Close. Tandis que le volet précédent – Glass Onion – offrait, un peu à la manière de la série White Lotus, un portrait satirique assez réussi des nouveaux riches tuant leur ennui dans des îles privatisées dédiées à leur oisiveté, ce nouveau chapitre affiche une ambition moindre : celle de jouer avec les codes du roman gothique. Dans des décors dignes d’un film de Guillermo del Toro, un prêtre odieux, Wicks (Josh Brolin), fait régner la terreur sur une petite communauté de fidèles. Un autre pasteur, le révérend Jud (Josh O’ Connor), plus jeune et candide, découvre peu à peu les vices de Wicks, avant d’être le principal témoin de son assassinat lors d’une messe pascale.

Si l’enquête menée conjointement par Benoît Blanc et Jud démasque en chaque membre du troupeau une potentielle brebis galeuse, on peine à en saisir la portée exacte. S’agit-il de déplacer Tartuffe chez les évangélistes américains ? Comme dans le premier volet de la franchise, où le personnage cubano-espagnol d’Ana de Armas apparaissait comme la grande gagnante d’une lutte d’intérêts entre bourgeois blancs, la « critique » sociale vise ici le consensus le plus plat. Les deux prêtres symbolisent deux versions opposées de la foi et il va de soi que celle qu’incarne Jud, qui préfère les groupes de parole aux sermons, est celle derrière laquelle le film se range. En occultant progressivement la part la plus trouble du personnage de Jud (qui a trouvé dans la religion un moyen de neutraliser ses mauvaises pulsions), Johnson cède à la facilité, comme si le mauvais côté de l’église ne devait être incarné que par le prêcheur corrompu (Wicks), alors que le vice peut aussi se draper derrière les meilleures intentions.

L’intérêt du film réside alors dans le simple jeu : moins celui du whodunit (un peu cousu de fil blanc) que celui du casting, qui semble avoir été pensé dans un esprit aussi léger et récréatif que celui de Mamma mia ! Si Daniel Craig a trouvé dans le rôle de Blanc de quoi nourrir sa reconversion post-James Bond, les autres acteurs livrent des prestations sans invention, ni fantaisie. Josh Brolin cabotine seul sur le boulevard que lui offre son rôle de prêtre diabolique, là où Glenn Close rejoue son éternel rôle de femme sèche et machiavélique, en mode Marquise de Merteuil blafarde. Bref, on s’amuse peu dans Wake Up Dead Man et la mise en scène de Johnson, appliquée dans ses jeux de clairs-obscurs, ne fait que renforcer l’impression d’inanité produite par ce contenu que Netflix sort encore une fois au moment de Noël, en présupposant peut-être chez ses spectateurs une aspiration au repos mental, voire au grand vide, lors des fêtes de fin d’année. Joyeux Noël !

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !