Ce n’est pas la première fois que Martone réalise le biopic d’un écrivain (Leopardi). Ce n’est pas non plus la première fois qu’il brosse un portrait atmosphérique (Nostalgia) : Fuori (« dehors ») raconte les semaines suivant la sortie de prison de Goliarda Sapienza, écrivaine alors presque inconnue dans son propre pays, et qui ne connaîtra le succès qu’une dizaine d’années après sa mort. Incarnée par Valeria Golino, l’autrice est présentée comme une figure assez éthérée, mouvant sans heurts entre les réminiscences de son incarcération et ses rendez-vous avec Roberta (Matilda De Angelis), une jeune activiste politique et héroïnomane dont elle a été la codétenue. Cette perspective impressionniste, restituant un flottement mental, tient avant tout de l’ambiance : chez Martone, saisir quelque chose de la vérité intérieure d’un individu passe par l’adoption d’une rythmique particulière.
Cet horizon de cinéma n’est certes pas le plus excitant qui soit, mais ce film-ci se révèle un tantinet moins monocorde que les précédents, à l’image de la musique choisie pour accompagner les errances de Goliarda – des chansons de Robert Wyatt, dieu vivant du rock alternatif, dont les oscillations des synthés et la voix nasale si singulière bercent les allers et venues de la romancière. La fragmentation du montage se recoupe même ponctuellement avec des effets de surcadrage découpant les corps et silhouettes, pour figurer une perception lacunaire du monde (l’héroïne semble doucement dériver). Si le film se love souvent dans une douceur ouatée (la scène de douche collective, en forme de gynécée improvisé), ce principe lui inspire tout de même son meilleur plan, qui voit un personnage clef s’évanouir dans les contours d’un cadre dans le cadre, pour ne plus jamais réapparaître.