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The Plague

The Plague

de Charlie Polinger

The Plague

de Charlie Polinger

Au moins des visages


Au moins des visages

The Plague est de ces films dont la forme entre en contradiction avec le propos : si le premier long de Charlie Polinger se veut l’exploration du rejet de la différence et prend le parti des « weirdos » contre celui des « bullies » (l’intrigue se passe dans un camp d’été de water-polo où de jeunes garçons sont victimes de harcèlement), sa mise en scène est beaucoup plus normée qu’elle le croit, et s’efforce même de mimer celle des cools kids de la scène indépendante américaine. Impossible, dans les premiers plans baignés d’une musique inquiétante et sentencieuse, de ne pas penser à Robert Eggers ou à la veine horrifique des films A24, même si Polinger se garde de basculer complètement dans l’horreur. La peste du titre désigne à la fois un jeu cruel consistant à assimiler des ados mal dans leur peau à des lépreux, et le germe d’une haine contaminant les vestiaires du lycée où l’intrigue prend place – le cadre du water-polo est à ce titre un peu gratuit, puisque le film aurait pu tout à fait constituer, jusque dans son décor, une peinture plus classique du harcèlement scolaire.

Haine de soi, qui devient haine de l’autre, qui nourrit à son tour du ressentiment, etc. : le scénario organise un cercle vicieux et mâtine son intrigue d’éléments d’épouvante et de références (Carrie en tête) pour se donner un surplus de consistance. C’est davantage sur son versant de coming-of-age movie que le film, sans sortir de ses rails, trouve sa raison d’être. Et pour cause : il s’agit du seul endroit où Polinger filme quelque chose d’intrinsèquement inédit, à savoir le surgissement de jeunes acteurs, avec leurs défauts, leurs corps en transformation, leurs petites hésitations ou au contraire leur aplomb déconcertant. Éternel paradoxe du film de teens, genre souvent hyper codifié, mais qui, même dans ses itérations les plus scolaires, a le mérite de s’attarder sur de nouveaux visages.

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