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Urchin

Urchin

de Harris Dickinson

Urchin

de Harris Dickinson

Circle of sadness


Circle of sadness

Il y a quatre ans, on découvrait Harris Dickinson en gravure de mode embarquée à bord du yacht luxueux de Sans Filtre (Triangle of Sadness). Pour son passage derrière la caméra, l’acteur britannique explore toutefois une tout autre veine que celle d’Östlund : loin de la satire grotesque, Urchin déploie une narration resserrée autour du destin de Mike (Frank Dillane), jeune toxicomane SDF. Si le film s’inscrit dans un réalisme à la Ken Loach, il ménage certaines séquences oniriques qui éloignent le récit de ce cap. Ainsi de celle où Mike, condamné pour vol et agression, retourne en prison ; la caméra s’engouffre alors dans le siphon d’une douche et entreprend un voyage vers les tréfonds de la terre, avant de dévoiler la silhouette du personnage à l’orée d’une grotte. Cette cavité réapparaît plusieurs fois, comme pour figurer son fragile espace mental en construction.

Le jeune homme redécouvre après la prison un semblant de vie sociale en décrochant un poste de chef cuisinier dans un hôtel bon marché. Le film égrène cependant les indices révélant le cercle vicieux auquel Mike ne peut échapper. Tout en lui expliquant qu’il lui sera difficile de retrouver du travail après ce nouveau séjour carcéral, sa conseillère abrège la conversation : « vous savez déjà tout ça, ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace ». En se concentrant sur l’affect de son personnage, et non sur les rouages du système de réinsertion sociale, Urchin figure les inévitables points de bascule de cette nouvelle vie. Mike s’enfuit d’ailleurs d’une friperie pour ne pas croiser le regard de Nathan (Harris Dickinson), jeune homme rachitique avec lequel il avait l’habitude de se droguer. Cette réminiscence du passé semble pourtant le poursuivre lorsqu’il accepte de rencontrer l’homme qu’il a agressé un an auparavant : le malaise s’installe quand on lui demande de justifier son acte, mais une ellipse bienvenue suspend la réponse de Mike. Cet événement cristallise le mal-être profond du personnage sans trop en dire, la menace d’une rechute n’est jamais loin. Bien que balisé, le récit circulaire d’Urchin distille ainsi un certain trouble, et a le mérite d’éviter les écueils de l’accablement narratif ou du point de vue surplombant.

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