Accueil > Actualité ciné > Critique > Délivre-nous du mal mardi 2 septembre 2014

Critique Délivre-nous du mal

Promesses trahies, par Vincent Avenel

Délivre-nous du mal

Deliver Us from Evil

réalisé par Scott Derrickson

Il y a donc deux Scott Derrickson : l’un peut surprendre avec des idées de mise en scène et un scénario malin et sans concession, l’autre servir la soupe du plus élémentaire et benêt des films de possession. Terminée, la parenthèse Sinister, désavouées, les promesses devinées : Scott Derrickson chausse, avec Délivre-nous du mal, de gros sabots de missionnaire pour une resucée lourdingue de L’Exorciste.

Based on a story à trous

Delivre-nous du mal illustre les souvenirs du flic new-yorkais Ralph Sarchie, auto-proclamé démonologiste, recueillis par Lisa Collier Cool. Le personnage de Sarchie, interprété par Eric Bana, est un flic profondément cartésien (parce que c’est lui, et non dieu, qui a viré un junkie cambrioleur de la chambre de sa mère à coups de batte de base-ball) confronté à une suite de crimes et de manifestations étranges. Son enquête va l’amener à rencontrer Mendoza, prêtre et exorciste peu commun (Édgar Ramírez). Du genre à picoler pour éviter de retomber dans la dope, Mendoza l’affirme : cela n’entame en rien la pureté de sa foi. C’est là le principal sujet du film : nul besoin de sombrer dans l’addiction, ou de se ruiner chez le psy pour faire face à ses démons – une bonne petite confession, et ça repart ! Une fois ce substrat intellectuel satisfait, pas besoin de construire une intrigue ou une mythologie, encore moins de la mettre en scène.

C’est beau, une possession la nuit

On n’en saura pas plus sur le terrible complot démoniaque qui s’étend sur le Bronx. Scott Derrickson suit l’enquête de son inspecteur Sarchie – qui n’exerce que de nuit, ça tombe bien, c’est très photogénique –, enquête qui va lui faire rencontrer un impressionnant catalogue de jump-scares à base d’animaux (mention spéciale à l’ours) ou d’éléments rentrant soudainement dans le champ pour en arriver, finalement, au morceau de choix : l’exorcisme proprement dit. L’ombre de Friedkin plane sur le film, entre un clone de Linda Blair, une contagion démoniaque issue des sables du Moyen-Orient et cet exorcisme donc, si aisé qu’on vient à se dire que les prêtres se sont sacrément améliorés depuis l’époque des pères Merrin et Karras.

Derrickson réduit son implication à la portion congrue : placer des jump-scares régulièrement, jouer des décors enténébrés éclairés par une unique lampe-torche... Rien pour évoquer les intuitions horrifiques bienvenues de Sinister. En revanche, le parcours moral de son flic comme les longues dissertations spiritualistes de son exorciste font grincer des dents : si la religion avait été incluse dans une peinture humaine plus large, ou un univers plus travaillé, peut-être cela eût-il pu passer. En l’occurrence, Delivre-nous du mal est moins un fade film d’horreur qu’une vidéo de prosélytisme de deux heures. Ça fait long.

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