Le Jour où la Terre s’arrêta
Le Jour où la Terre s’arrêta
    • Le Jour où la Terre s’arrêta
    • (The Day the Earth Stood Still)
    • États-Unis
    •  - 
    • 2008
  • Réalisation : Scott Derrickson
  • Scénario : David Scarpa
  • d'après : le film Le Jour où la Terre s'arrêta
  • de : Robert Wise (scénario : Edmund H. North)
  • Image : David Tattersall
  • Montage : Wayne Wahrman
  • Musique : Tyler Bates
  • Producteur(s) : Erwin Stoff, Paul Harris Boardman, Gregory Goodman
  • Interprétation : Keanu Reeves (Klaatu), Jennifer Connelly (Helen Benson), Kathy Bates (Regina Jackson), Jaden Smith (Jacob Benson), John Cleese (Pr Barnhardt)...
  • Date de sortie : 10 décembre 2008
  • Durée : 1h42
  • voir la bande annonce

Le Jour où la Terre s’arrêta

The Day the Earth Stood Still

réalisé par Scott Derrickson

Depuis quelques années, certains producteurs hollywoodiens semblent prendre un malin plaisir à détruire l’image du « cinéma fantastique » américain en nous livrant une série de films et de remakes affligeants – les Saw, Massacre à la tronçonneuse : le commencement, L’Exorcisme d’Emily Rose… Ce triste mouvement se caractérise par une écriture, une production, une interprétation et une mise en scène déplorables. On a rarement vu un cinéma aussi bling-bling, pur produit de consommation rapide, qui méprise avec autant d’arrogance l’intelligence de son public. Si Le Jour où la Terre s’arrêta, remake de l’œuvre de Robert Wise, fait partie de ce courant, il s’en distingue par un élément assez opportuniste – il est l’un des premiers films à signifier l’arrivée du messie américain : Barack Obama.

Le film de Robert Wise – sorti en 1951 – est une belle parabole sur la bêtise idéologique de la guerre froide : Klaatu, un extraterrestre à l’apparence humaine, vient délivrer un message de paix à une Terre en proie à la destruction nucléaire ; il dépasse la querelle des camps Est/Ouest pour désigner comme seul responsable la nature même de l’Homme. Traqué par des humains en proie à la paranoïa et la peur de l’autre, l’extraterrestre se fait sa propre idée sur l’humain grâce à une femme et son enfant. Avec ce remake, on passe de la guerre froide aux préoccupations écologiques de notre temps : Klaatu vient nous faire la morale sur notre propension aveugle à détruire notre planète. Les époques et les thématiques changent, les stratégies commerciales également : l’écologie est devenue un véritable argument marketing qui fait le bonheur des grandes compagnies – notamment les Majors américaines – qui vendent en donnant bonne conscience à leurs cibles. On aurait préféré que notre bel extraterrestre vienne disserter sur l’actuelle opposition entre les fameux « axes du bien et du mal », ce qui aurait été bien plus pertinent et risqué que le discours très consensuel du film. Il s’oppose alors radicalement à l’aspect subversif de l’œuvre originale. Mais ce qui peut intéresser dans cette production, c’est que Klaatu se fait un avis sur les humains grâce un enfant noir élevé par une femme blanche – Jennifer Connelly. La référence à l’actuel Président des États-Unis est alors flagrante : la famille recomposée, la mère blanche, le père disparu. Dès son arrivée sur Terre, notre extraterrestre, métaphore évidente de l’étranger, est attaqué par l’armée américaine en signe de bienvenue. On retrouve ainsi l’aspect ultra-militariste et fermé de l’administration Bush. L’angélisme de l’enfant noir va alors être un révélateur pour notre messie, qui reprend foi en la nature humaine. Yes we can !

Voici la grande originalité d’un film qui ne marquera pas l’histoire du cinéma tant cette idée, comme celle de l’écologie, sent l’opportunisme : ce métrage souffre d’une trop grande incohérence entre sa forme et son discours pour être véritablement honnête. Voir Keanu Reeves disserter sur notre humanité dans un McDonald’s vulgairement mis en évidence est assez surréaliste, voire tragique. En quelque sorte, il se fait un avis sur notre société en se délectant de quelques hamburgers arrosés de Coca dans un fast-food. On peut alors aisément comprendre que Klaatu souhaite nous laisser mourir suite à la découverte de ces traits majeurs de notre culture. N’oublions pas les multiples plans sur la belle berline – usant sûrement de bio-carburant – qui l’amène à la découverte de notre monde et l’importance filmique donnée à la marque de portables qui lui permet de communiquer avec l’Homme. Comment croire alors aux messages que veut nous délivrer ce film ? Il n’est qu’une gigantesque publicité qui se fait passer pour une humble parabole sur notre humanité. Cette œuvre est également gangrenée par des métaphores religieuses très marquées : Klaatu est une sorte de messie dont les cicatrices/scarifications se referment par magie et qui guérit les individus par apposition des mains. Si dans l’œuvre originale cet aspect était déjà très présent, la science était aussi là pour délivrer la raison. Cela semble beaucoup moins évident ici avec une fin très ambiguë où notre belle figure christique se sacrifie pour l’humanité.

Que dire également de la mise en scène de Scott Derrickson ? Ce film semble avoir été remonté plusieurs fois – d’où sa durée anormalement courte pour un blockbuster – avec des séquences qui se suivent sans queue ni tête en raison d’ellipses incompréhensibles. On pourrait alors penser que les effets spéciaux vont susciter quelques émois visuels. Eh bien non, c’est assez laid, le fameux robot de l’œuvre de Wise – minimaliste – devient ici un gigantesque golem mal animé et assez fade. Cette esthétique est alors cohérente avec la vulgarité du métrage. En somme, ce film n’est qu’un énième produit écrit à la va-vite et interprété par des acteurs qui semblent se demander ce qu’ils font là, à part Keanu Reeves, qui paraît réellement impliqué dans son rôle d’extraterrestre tant son jeu est rigide et figé. Mais est-ce un rôle de composition ? C’est l’une des grandes questions que soulève le film, bien plus que son apport à la prise de conscience écologique et à l’ère obamienne.