• Les Vacances de Monsieur Hulot

  • France
  • -
  • 1953
  • Réalisation : Jacques Tati
  • Scénario : Jacques Tati, Henri Marquet, Jacques Lagrange
  • Image : Jacques Mercanton, Jean Mouselle
  • Montage : Jacques Grassi, Charles Bretoneiche, Suzanne Baron
  • Musique : Alain Romans
  • Producteur(s) : Fred Orain
  • Interprétation : Jacques Tati (Monsieur Hulot), Nathalie Pascaud (Martine), Michèle Rolla (la tante), Valentine Camax (l’Anglaise), Louis Perrault (Monsieur Fred), André Dubois (le commandant), Lucien Fregis (le propriétaire de l’hôtel), Raymond Carl (le serveur)...
  • Durée : 1h28
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Les Vacances de Monsieur Hulot

réalisé par Jacques Tati

En 1953, un vacancier d’un genre particulier part passer l’été sur la côte normande : avec sa grande silhouette dégingandée, sa pipe, ses maladresses et son air de Pierrot lunaire, Monsieur Hulot est reconnaissable entre tous. 2009, début d’été. Monsieur Hulot ressort sur les écrans français, dans une magnifique version restaurée. Et il n’a pas pris une ride, bien au contraire.

Deuxième long-métrage de Tati après Jour de fête (1949), Les Vacances de Monsieur Hulot est un sommet de burlesque teinté d’une poésie intemporelle. Sa restauration récente a fait l’objet de soins particuliers. Elle a été financée par la Cinémathèque française, « Les Films de mon Oncle » qui réunit les ayants-droits de l’œuvre de Tati et deux fondations, Thomson et Groupama Gan. Cette version reprend la troisième version du long-métrage, remonté en 1978. Depuis le début des années soixante, Tati n’a eu de cesse de remonter son film, supprimant ou rallongeant des plans, retravaillant toute la bande son avec en point d’orgue la réorchestration de la fameuse musique d’Alain Romans. Avec vingt-cinq ans de modification, le négatif original a dû être restauré image par image, au laboratoire Technicolor de Los Angeles.

Les Vacances de Monsieur Hulot surpasse tout ce qui a pu se faire en matière de tableau de vacanciers. Avec un grand souci du détail, Tati orchestre un ballet d’estivants en déroulant autant de figures typiques qu’Hulot est atypique : la belle jeune fille, la femme snob, le couple de vieux bien mis, dont le monsieur s’ennuie ferme, le business man toujours appelé au téléphone, le serveur maladroit, que le patron a à l’œil, toujours en train de râler – en muet ! – dans sa barbe… La galerie de personnages est la première source de comique qui irrigue le film, à son apogée dans ce défilé des clients derrière le patron de l’hôtel découpant son rôti au premier plan. Le comique surgit des personnages en eux-mêmes, y compris séparément, et dans la façon dont ils sont mis en scène. Avec un sens du cadre très fin, Tati décrit une ambiance : drôle, parfois tendre, et surtout très juste. Une ambiance impulsée aussi par un rythme très tenu et l’enchaînement fluide de multiples saynètes, dans un ensemble où deux scènes – au minimum – se jouent dans une même séquence.

Les trouvailles de Tati sont définitivement passées à la postérité, parce qu’elles sont portés par un personnage rare. Hulot et ses grandes maladresses créent un personnage attachant et unique, grand créateur de quiproquos et « emmerdeur » malgré lui (son arrivée à l’hôtel dans le vent donne tout de suite le ton). Tati exploite le comique de geste et de situation comme un inventeur prolixe : scène de la serviette dans laquelle il essuie le poteau au lieu de son dos, canoë cassé en deux que les vacanciers prennent pour un requin (scène rajoutée par Tati après qu’il a vu Les Dents de la mer), scène de l’enterrement avec la chambre à air en guise de couronne mortuaire, ou encore voiture mythique et pétaradante.

C’est de ce rythme frénétique que surgit le comique ; du burlesque complet, visuel et sonore. La claque sur la joue d’un gamin, la voix brouillée dans les hauts parleurs de la gare, la récurrence du son particulier de la porte de la salle de restaurant de l’hôtel… toutes ces ponctuations sonores accompagnent l’image dans un travail de montage qui lie les deux. Et si le comique visuel doit donc aussi sa force au son, il puise également avec bonheur dans le mime. Ce qu’il doit à cet art muet se retrouve dans le propre jeu de Tati mais aussi dans celui des autres acteurs : ce sont des pas comme dansés, des sautillements, des exagérations, un côté clownesque qui trouvera son apogée dans Parade (1974).

Des emprunts au mime qui ne s’arrêtent pas aux gestes mais aussi, d’une certaine façon, à l’esprit de cet art théâtral, notamment dans la manière poétique de filmer l’espace, les jeux avec le sable et la boue, les traces de pas. Une poésie qui, à la fin du film, tire presque sur une certaine tristesse, où personne ne salue Hulot sauf la dame anglaise… Alors on lui dit « Salut, Monsieur Hulot ! Bien le bonjour ! Heureux de vous retrouver sur grand écran, à la hauteur de votre talent. »