© UGC Distribution / Anne-Françoise Brillot
La Petite vadrouille

La Petite vadrouille

de Bruno Podalydès

  • La Petite vadrouille

  • France2024
  • Réalisation : Bruno Podalydès
  • Scénario : Bruno Podalydès
  • Image : Patrick Blossier
  • Décors : Wouter Zoon
  • Costumes : Dorothée Guiraud
  • Son : Laurent Poirier
  • Montage : Christel Dewynter
  • Producteur(s) : Pascal Caucheteux
  • Production : Why Not Productions, UGC Studio Exception, Arte France Cinéma
  • Interprétation : Sandrine Kiberlain (Justine), Daniel Auteuil (Franck), Denis Podalydès (Albin), Bruno Podalydès (Jocelyn), Florence Muller (Rosine), Isabelle Candelier (Sandra), Jean-Noël Brouté (Caramel), Dimitri Doré (Ifus)...
  • Distributeur : UGC Distribution
  • Date de sortie : 5 juin 2024
  • Durée : 1h36

La Petite vadrouille

de Bruno Podalydès

La petite illusion


La petite illusion

Depuis la pile de Tintin dans l’appartement de Versailles Rive Gauche, on sait que la bande dessinée fait partie de l’ADN de Bruno Podalydès. Dans une scène située au début de La Petite Vadrouille, l’album de Bob Fish de Chaland que parcourt Albin (Denis Podalydès) au lit, à côté de sa femme Justine (Sandrine Kiberlain), convoque de nouveau cet imaginaire de la ligne claire. La mise en scène de Podalydès n’est de fait jamais aussi inspirée que lorsqu’elle épouse la logique de la mise en case et des gags de la bande dessinée franco-belge classique. Dans Dieu seul me voit, un long plan sur une équipe de tournage en haut d’une colline (et doté d’une très grande profondeur de champ) le montrait bien : au fur et à mesure de la scène, chaque recoin du « plan-case » était exploité, les personnages alternant entre l’avant et l’arrière-plan, jusqu’à ce que l’un d’eux se mette à dévaler la pente et devienne un petit point. La Petite Vadrouille, comédie légère et bancale, suit une croisière en péniche organisée par une bande de bras cassés afin de soutirer un maximum d’argent à Franck (Daniel Auteuil), le patron de Justine. Au sein de cette intrigue étrangement alambiquée, la bédéphilie du cinéaste s’incarne notamment à travers le personnage du mousse joué par Dimitri Doré, qui ne cesse de surgir dans le plan ou de le traverser avec une vélocité absurde, presque comme Spip, l’écureuil de Spirou.

Revenons à la scène de lit évoquée plus haut, dans laquelle Albin n’est pas le seul à lire. À côté de lui, Justine tient entre les mains Mes années cirque de Vimala Pons, qui pointe une autre inspiration du cinéma de Podalydès (cf. la dimension clownesque du personnage du père dans Liberté-Oléron). Dans ce film-ci, la fibre circassienne du cinéaste resurgit notamment lors d’un étonnant numéro d’acrobate situé au milieu du récit. Une jeune femme a accroché une balançoire à un pont en pierre au-dessus du canal, sur laquelle elle est paresseusement assise. Alors que la péniche s’apprête à la percuter, elle se met soudain, avec une grâce de gymnaste, à marcher sur l’embarcation et à éviter différents obstacles, tout en restant accrochée aux cordes de sa balançoire, jusqu’à se réinstaller tranquillement dans sa position initiale. Quand Podalydès agence ce type de gags, la composition du cadre se fait soudain plus précise qu’à l’accoutumée. Mais comme dans les inégaux Wahou ! et Les 2 Alfred, le problème tient au fait que peu de situations semblent inspirer le cinéaste, au-delà du seul plaisir de retrouver sa troupe (notamment Isabelle Candelier et Jean-Noël Brouté). La désinvolture du scénario (un quiproquo est esquissé mais jamais démêlé) se mêle à une forme de mollesse généralisée, qui donne souvent raison au personnage de Franck : il ne cesse de demander au capitaine (interprété par Podalydès lui-même, qui donne corps à un fantasme haddockien) d’accélérer le navire, agacé par la lenteur de la balade. Tel ce personnage de vieux bourgeois campé très aisément par Auteuil, qui s’extasie sans cesse de la fougue de la jeunesse, Podalydès semble avoir embrassé sa nouvelle nature de boomer sympathique, accumulant les blagues sur les QR codes, à défaut de renouer avec l’ardeur de ses premiers films. Si le film fait toujours preuve par endroits d’une drôlerie excédant le simple charme, son titre trahit néanmoins le rétrécissement d’un cinéma jadis plus aventureux. La découverte d’un nouveau Podalydès reste un plaisir familier, mais trop léger pour ne pas penser avec nostalgie à la période où le réalisateur frayait tantôt avec Dieu, tantôt avec la liberté.

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