Dix ans durant, les rushes d’un projet tué dans l’œuf par la censure chinoise végètent sur un ordinateur oublié. Exhumer ces fichiers est une manière, pour les personnages de Chroniques chinoises, de revisiter le passé, mais aussi de raviver la flamme morte du projet en retrouvant ses acteurs. Malheureusement, la malédiction se poursuit : aussitôt relancé, le tournage est interrompu par l’épidémie de COVID-19, et Chroniques chinoises devient par la force des choses une sorte de journal de quarantaine, documentant la vie de l’équipe technique et d’un acteur piégés dans un hôtel.
C’est à cet endroit que l’intérêt du film se dissipe. La présence de nombreux surcadrages (écrans de téléphones portables, appels vidéo) vient, de manière un peu automatique, figurer l’atomisation des personnages. La quarantaine s’étend jusqu’au Nouvel An chinois, lors duquel se tient une grande réunion virtuelle. Il s’agit d’un moment de liesse, où tous rivalisent d’inventivité pour se divertir, utilisant le matériel entassé dans leurs chambres respectives (maquillage, guirlandes lumineuses, etc.). S’il est émouvant de voir que, même en pleine quarantaine, l’équipe continue bon gré mal gré de tourner, Chroniques chinoises parachève lors de cette scène sa mutation en un simple « film de confinement ».