Mi Amor pourrait presque ressembler à une variation sur Pacifiction. On y retrouve le motif de l’île paradisiaque – ici, les Canaries –, la photographie rouge-orangée enveloppant les palmiers et les plages, Benoît Magimel en personnage énigmatique (dans le rôle de Vincent, patron assez louche de boîte de nuit) et la menace d’un mal invisible qui pèse sur le territoire et les personnages. Chloé (Freya Mavor) disparaît en effet lors d’une soirée techno où mixe son amie Romy (Pom Klementieff). De cet événement mystérieux découle une suite de péripéties qui révèleront peu à peu à la jeune femme l’envers cauchemardesque de ce décor enchanteur, tout en la rapprochant de Vincent, avec qui elle se lance corps et âme dans la recherche de son amie perdue.
Dès les premières minutes, Guillaume Nicloux plonge le spectateur dans une boîte techno où s’épuisent les BPM et les flashs stroboscopiques. Cadrés de très près, les visages et les corps sont alors pris dans un montage elliptique mimant l’effervescence qui s’empare de la salle. Cette première séquence témoigne du rapport stéréotypé que le cinéaste entretient avec une forme de fièvre sensorielle, surlignée par des effets de style marqués. Trois ressorts se chargent de restituer cet état : la musique techno matraquée, l’étalonnage outrancier et le jeu nerveux des acteurs. Ce choix est d’autant plus dommageable qu’il détourne le film d’une matière autrement fascinante. Dans une scène au début du film, Chloé et Romy se rendent au pied d’un large et saisissant relief montagneux rouge. D’abord entrevues sur un flyer touristique, Chloé vante à son amie la splendeur étrange du massif caractéristique de l’île et l’atmosphère énigmatique que cherche à installer le film. Mais une fois atteint, le relief ne fait l’objet que d’un bref plan de coupe, avant qu’une discussion entre les deux jeunes amies ne pose le cadre du récit. D’emblée, le film dilapide l’épaisseur mystérieuse que présente son singulier décor, réduit au rang d’arrière-plan.