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Gentle Monster

Gentle Monster

de Marie Kreutzer

Gentle Monster

de Marie Kreutzer

Sonate en lourdeur majeure


Sonate en lourdeur majeure

Dans une scène située aux deux tiers de Gentle Monster, Lucy (Léa Seydoux) révèle enfin à sa mère (Catherine Deneuve) pourquoi son mariage bat de l’aile : suite à une perquisition de police (au début du film), elle a appris que son mari stockait et partageait des contenus pédopornographiques sur le dark web. « C’est un pédophile » chuchote Seydoux avec son halètement caractéristique, les larmes aux yeux, alors qu’elle ose nommer les choses ainsi pour la première fois. La gravité absolue du dialogue qui suit est proportionnelle à son ridicule, Deneuve semblant incapable, en icône statufiée du cinéma français, de jouer encore la sidération, ou simplement la consolatrice. « Il faut que tu parles au piano », glisse-t-elle même à sa fille musicienne – déjà la réplique la plus involontairement comique du festival. Il faut dire que le star system s’acoquine difficilement avec le film à thèse, et dessert même la volonté de Marie Kreutzer d’alerter sur le sujet : arrivé au carton final rappelant les chiffres alarmants des violences sexuelles perpétrées sur les enfants, l’interpellation tombe à plat, plombée par les nombreux artifices qui ont précédé.

Le programme était déjà fixé par le titre (« le monstre gentil »), qui correspond également au pseudo de l’homme en ligne. Philip (Laurence Rupp), quoique dépressif, est un mari et un père attentionné ; les agresseurs, comme on le sait, sont des messieurs Tout-le-monde. Lucy, après le choc de la révélation, cherchera à savoir si son mari a touché leur fils de six ans. Kreutzer tisse cette quête personnelle (Lucy n’a pas accès aux éléments de l’enquête, tandis que Philip demeure pour le moment en liberté) au quotidien d’Elsa (Jella Haase), la policière en charge de l’affaire. Aux clichés du chemin de croix de Lucy (sa manière de se réfugier dans la musique, par exemple), la cinéaste ajoute celui des contradictions de la femme de loi. Elle ne peut s’empêcher de redoubler l’intrigue en montrant la flic, exemplaire et sévère dans son travail, pardonner son père malade lorsque ce dernier agresse sexuellement une employée de maison. Il n’y a rien dans Gentle Monster qui ne soit alourdi par des intentions clignotantes, pas une couche d’ambiguïté qui ne paraisse artificiellement gonflée. Le vertige du premier quart d’heure, figuré par un beau champ-contrechamp entre le visage de Seydoux et le bouton d’ascenseur du commissariat à côté duquel est indiqué « affaires pédocriminelles », laisse place à un discours purement pédagogique. Ce dernier est sans doute nécessaire, mais il aurait très bien pu tenir dans les contours d’un post Instagram.

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