En dépit d’une rumeur calamiteuse et de nombreux bruits de couloir sur sa gestation mouvementée (impact de la pandémie sur la post-production, rôle d’Amber Heard réduit à la portion congrue, pas moins de trois phases de reshoots, etc.), on avait pourtant envie de croire, ne serait-ce qu’un peu, à The Lost Kingdom au regard des derniers films de James Wan – Aquaman compris, qui faisait montre d’une inventivité étonnante sous son glacis kitscho-rococo. Las ! Il faut le reconnaître : le film, sans être tout à fait le navetton annoncé, n’est pas loin non plus de la catastrophe industrielle, notamment quand il met en boîte de simples conversations entre Aquaman et son père, où les deux larrons alignent des platitudes sur la paternité en siphonnant des Guinness. James Wan, on le sait, est un cinéaste parfois doué, mais intermittent : si ces séquences ne semblent aucunement l’intéresser, il se réveille un peu plus lorsque l’action pointe le bout de son nez et témoigne alors d’un savoir-faire tout de même supérieur à la moyenne des films de super-héros contemporains.
Pourtant, même lorsque Wan assure bon gré mal gré le minimum syndical, le charcutage du montage se fait sentir – ainsi d’un affrontement, situé à la fin du film, où l’homme-triton se retrouve soudainement défait par son adversaire, sans que l’on comprenne tout à fait comment. Aquaman était la preuve que, même en adoptant un cahier des charges surchargé, on pouvait livrer un film inspiré en faisant feu de tout bois ; The Lost Kingdom est au contraire l’illustration de la charpie dont sont capables les bataillons d’executives de studio, tristes sires adeptes du moindre risque. En résulte ce qu’on pouvait imaginer de pire pour Wan, après les montages russes galvanisantes d’Aquaman et de Malignant : un film sans folie.