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Challengers

Challengers

de Luca Guadagnino

  • Challengers

  • États-Unis2023
  • Réalisation : Luca Guadagnino
  • Scénario : Justin Kuritzkes
  • Image : Sayombhu Mukdeeprom
  • Musique : Trent Reznor, Atticus Ross
  • Producteur(s) : Bernard Bellew, Amy Pascal, Luca Guadagnino, Zendaya, Rachel O'Connor
  • Production : Amazon MGM, Pascal Pictures
  • Interprétation : Zendaya (Tashi Duncan), Josh O'Connor (Patrick Zweig), Mike Faist (Art Donaldson)...
  • Distributeur : Warner Bros. France
  • Date de sortie : 24 avril 2024
  • Durée : 2h11

Challengers

de Luca Guadagnino

Chaud-froid


Chaud-froid

Truffaut disait d’Hitchcock qu’il filmait les scènes de meurtres comme des scènes d’amour et les scènes d’amour comme des scènes de meurtres. Si l’on remplace le couteau par la raquette, l’analogie peut être transposée à Guadagnino qui, de manière très explicite (le film s’achève sur un cri de jouissance), fait du tennis et du sexe les deux faces d’une même pièce. Le récit se concentre sur la rivalité de deux tennismen, Art (Mike Faist) et Patrick (Josh O’Connor), anciens amis qui formaient, du temps de leur jeunesse, un duo redoutable surnommé « Fire and Ice ». Le tennis est justement envisagé ici comme un va-et-vient entre chaud et froid. Il n’est pas anodin qu’un critique comme Serge Daney ait beaucoup écrit sur le tennis : sa captation télévisuelle a ceci de particulier qu’elle adopte une forme d’ascèse réaliste, entre le recours privilégié au plan très large (qui permet, chose rare pour un sport de compétition diffusé à la télévision, de saisir l’intégralité de l’action d’un bout à l’autre du terrain) et le silence religieux qui permet d’entendre l’impact des balles et les halètements des joueurs. Cette froideur, Guadagnino ne la rejoue que pour la confronter à une esthétique plus ardente et baroque : caméra qui adopte le point de vue de la balle, ralentis à foison, musique tonitruante, etc.

Ce qui l’intéresse, c’est précisément le moment où le vernis glacé du tennis fond pour laisser s’exprimer un désir – en l’occurrence essentiellement homoérotique – dont Tashi (Zendaya), à la pointe d’un triangle amoureux entre les deux sportifs, est la spectatrice privilégiée. Mais dans la chambre à coucher comme sur le court, le film ne laisse jamais ses acteurs interagir librement : même les scènes en principe les plus dépouillées (cf. les conversations conjugales) finissent inévitablement noyées sous d’envahissantes nappes électroniques. Ce n’est certes pas le seul défaut du film (en témoigne la nature inutilement emberlificotée du scénario, tout en flashbacks entremêlés), mais on pouvait tout de même s’attendre à ce que le réalisateur tire davantage de ce trio de stars en rut, entre la tristesse contenue de Faist, l’assurance princière de Zendaya et les moues charmeuses d’un O’Connor, qui se distingue ici en playboy un peu déglingué. Encore eût-il fallu que Guadagnino les regardât vraiment.

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