© Walt Disney Studios Company
Les Éternels

Les Éternels

de Chloé Zhao

  • Les Éternels

  • États-Unis2021
  • Réalisation : Chloé Zhao
  • Scénario : Chloé Zhao, Patrick Burleigh, Matthew K. Firpo, Ryan Firpo
  • d'après : Les Éternels (comics)
  • de : Jack Kirby
  • Image : Ben Davis
  • Décors : Eve Stewart
  • Costumes : Sammy Sheldon
  • Son : David Farmer, Gareth John, Peter Lindsay...
  • Montage : Craig Wood et Dylan Tichenor
  • Musique : Ramin Djawadi
  • Producteur(s) : Kevin Feige et Nate Moore
  • Production : Marvel Studios
  • Interprétation : Gemma Chan (Sersi), Richard Madden (Ikaris), Kumail Nanjiani (Kingo), Lia McHugh (Sprite), Brian Tyree Henry (Phastos), Lauren Ridloff (Makkari), Barry Keoghan (Druig), Ma Dong-seok (Gilgamesh), Kit Harington (Dane Whitman), Salma Hayek (Ajak), Angelina Jolie (Thena)...
  • Distributeur : Walt Disney Studios Company
  • Date de sortie : 2 novembre 2021
  • Durée : 2h37

Les Éternels

de Chloé Zhao

Les sempiternels


Les sempiternels

Le Marvel Cinematic Universe, s’il constitue une réussite commerciale indéniable, a vite mené les films du studio dans un cul-de-sac. En imbriquant chaque récit dans un canevas global, il a fallu en effet trouver des astuces pour maintenir en alerte l’intérêt du public. La scène post-générique dAvengers : L’Ère d’Ultron mettait ainsi en scène Thanos, némésis surpuissante des Avengers, expliquant que la menace que les héros avaient combattue pendant deux heures ne valait presque rien par rapport à celle qu’il représentait. Cette stratégie parfaitement cynique (vendre le prochain film en minimisant l’intérêt de celui qui vient à peine de se terminer) a conduit la franchise à se scinder en deux branches : d’un côté des films ouvertement mineurs, aux enjeux réduits ou se déroulant dans le passé, et de l’autre les aventures des Avengers, points d’orgue grandiloquents où l’Univers tout entier se trouve menacé. Le déséquilibre induit par l’importance variable des récits n’a cependant pas empêché ces films de se révéler d’une médiocrité relativement constante. Maintenant que les Avengers ont remporté la bataille dans Avengers : Endgame, le studio n’a d’autre choix que de revoir une nouvelle fois les enjeux à la hausse : multivers permettant de balayer d’un revers de la main tout ce qui a pu se passer auparavant dans le prochain Doctor Strange, voyages temporels à même de modifier le récit canonique dans la série Loki et désormais l’origine du monde dans Les Éternels.

New person, same old mistakes

Le film de Chloé Zhao surprend d’abord en intégrant au cœur de son récit les contraintes qu’implique l’intégration de ces nouveaux héros dans le MCU : si les Éternels, présents sur Terre depuis des millénaires, n’ont pas aidé les Avengers dans leur guerre contre Thanos, c’est parce qu’ils n’ont pas le droit de se mêler des affaires humaines. Cet interdit divin semble d’abord constituer le sujet principal du film, jusque dans une scène se déroulant au XVIe siècle où les personnages n’ont d’autre choix que d’observer les Conquistadors massacrer les aztèques à Tenochtitlan. Bien vite cependant, cette dimension morale, née des rapports qu’entretiennent les personnages avec les hommes, disparaît pour laisser place au sempiternel recrutement d’une équipe devant contrer une menace apocalyptique. Plus de la moitié du film se voit ainsi occupée par ce recrutement à travers le monde, rythmé par quelques combats contre des monstres ressemblants à un assemblage de scoubidous (les bien nommés Déviants – précisément ce que le film n’est pas –, raison originelle de la présence des Éternels sur Terre), et par une autodérision navrante. Si les auteurs des blagues de ces films doivent certainement penser qu’ils empêchent les personnages de tomber dans le ridicule en le devançant, moquer le nom choisi pour désigner une arme magique ne conjure pas le grotesque de son utilisation au premier degré dans les scènes suivantes… Nous nous demandions, à propos de Nomadland, si le plan du personnage de Frances McDormand contemplant l’affiche du premier Avengers pouvait constituer un signe d’espoir pour le premier « Marvel d’auteur » auto-proclamé, mais force est de constater que Chloé Zhao n’apporte à l’habituel marasme industriel qu’un cachet cosmétique : quelques couchers de soleil et une poignée de travellings plus maniérés ne font pas une autrice. Accordons-lui tout de même la réussite de quelques plans d’action (on ne peut décemment pas parler de scènes) où la vitesse, figurée par des effets numériques de trainée lumineuse, se voit décuplée par de légers mouvements de caméra synchronisés.

La seule évolution tangible du studio se dessine dans l’inclusivité toujours grandissante de ses films, avec notamment, dans le cas des Éternels, un personnage sourd et une famille formée autour d’un couple homosexuel et interracial. Si l’on peut douter de la sincérité de Kevin Feige à porter ces combats lorsque l’on voit qu’ils servent en partie à renforcer une puissance commerciale sur certains territoires (ici l’Inde, avec une scène bollywoodienne, et la Corée du Sud, avec la présence du comédien Ma Dong-seok), ils s’accompagnent également d’un certain lissage de trajectoires, avec des personnages toujours plus dénués d’aspérités. Contempler deux heures durant les batailles d’ego et les caprices de ces demi-dieux de pacotille constitue une expérience douloureuse.

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