© Quim Vives
Les Tournesols sauvages

Les Tournesols sauvages

de Jaime Rosales

  • Les Tournesols sauvages
  • (Girasoles silvestres)

  • Espagne, France2022
  • Réalisation : Jaime Rosales
  • Scénario : Jaime Rosales, Bárbara Diez
  • Image : Hélène Louvart
  • Décors : Verónica Díez
  • Costumes : Carolina Galiana
  • Son : Eva Valiño
  • Montage : Lucía Casal
  • Producteur(s) : Adolfo Blanco, Antonio Chavarrías, Fiorella Moretti, Jaime Rosales, Hédi Zardi
  • Production : Oberon Cinematografica, Fresdeval Films Sl, A Contracorriente Films, Luxbox
  • Interprétation : Anna Castillo (Julia), Oriol Pla (Oscar), Quim Àvila (Marcos), Lluís Marquès (Àlex)
  • Distributeur : Condor Distribution
  • Date de sortie : 2 août 2023
  • Durée : 1h46

Les Tournesols sauvages

de Jaime Rosales

Speed dating


Speed dating

Découpé en trois parties dont chacune porte le nom d’un homme, Les Tournesols sauvages suit les histoires amoureuses de Julia, une jeune mère célibataire. Oscar, Marcos et Àlex incarnent chacun un archétype masculin, qui s’accompagne d’un récit balisé : le premier est un beau parleur macho et possessif ; le deuxième, un grand enfant immature incapable d’assumer ses responsabilités de père ; le troisième, un homme instruit avec qui Julia finira par avoir un nouvel enfant. Tous les trois auront le droit à un regard caméra filmé du point de vue de Julia. On comprend l’idée, appuyée et un brin naïve, qui sous-tend le procédé : le cinéaste explicite par sa mise en scène sa volonté d’embrasser le regard féminin. Mais la structure rigide du film en général, et de ce parallélisme en particulier, nourrit l’impression d’un surplomb moral à l’égard des personnages, comme s’ils comparaissaient devant nous afin que l’on élise le meilleur d’entre eux. Ce speed dating filmique maintient en permanence une distance pseudo-critique réduisant chacun à un cas d’étude et à des situations archétypales, si bien que le film fait l’impasse sur leurs singularités individuelles et toute forme d’ambivalence. En suivant une logique progressive, du pire au meilleur compagnon, le récit flèche, voire détermine notre jugement en réduisant chaque relation à un enchaînement de moments significatifs et facilement interprétables. Alors que Jaime Rosales voudrait être au plus près de la vie sentimentale de son héroïne, il se révèle in fine bien incapable de filmer sa part la plus subtile, qu’il s’agisse de la naissance d’un sentiment ou de l’érosion d’une relation.

En plus d’être inoffensive, cette dissertation sur les différentes facettes de la toxicité masculine reconduit l’air de rien le cliché de la rencontre providentielle, comme si le bonheur de Julia ne pouvait advenir qu’aux côtés de « l’homme de sa vie ». Entre l’inscription sociale des personnages sans cesse soulignée (la progression morale des compagnons se recoupe avec une progression sociale) et le familialisme béat que le récit promeut (à peine nuancé par quelques répliques de Julia dans la dernière partie du film), Les Tournesols sauvages s’avère être un film plus rance et conservateur que sa dénonciation convenue de la masculinité ne le laissait présager.

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