« Moi Capitaine » : c’est ce qu’hurle Seydou au terme de l’interminable périple qui le mène, lui et son cousin Moussa, du Sénégal aux côtes italiennes, et pour lequel il s’est improvisé conducteur d’un bateau de migrants. Prononcée comme une victoire, la formule achève de réduire le film de Garrone à une sorte de road trip initiatique, certes jalonné de dangers, mais dont la souffrance est trop souvent édulcorée au profit d’une certaine joliesse. Une scène en témoigne, lorsqu’une femme meurt d’épuisement dans les bras de Seydou au beau milieu du désert. S’ensuit un montage de plans nocturnes du désert où la caméra aérienne découpe les silhouettes sur le ciel bleuté, capturant sous divers angles la splendeur du décor naturel. La surabondance de plans aériens ou à la grue, souvent appuyés par une musique grandiloquente, pointe le fond d’épate de la poésie cultivée par Garrone : « Moi réalisateur », semble-t-il clamer à chacune de ces démonstrations.
Le plus problématique reste pourtant l’incursion maladroite d’éléments fantastiques, comme lorsque Seydou s’imagine tenir la main de la femme morte, flottant au-dessus du sol. Que Garrone choisisse d’abord une voie consensuelle, au risque de rendre la première partie de son film insipide, est une chose ; qu’il tente ensuite de lui donner du relief par des artifices et des effets de manche en est une autre, qui achève de rendre son film assez déplaisant.