Nous resterons sur Terre

Nous resterons sur Terre

de Pierre Barougier, Olivier Bourgeois

  • Nous resterons sur Terre

  • France2009
  • Réalisation : Pierre Barougier, Olivier Bourgeois
  • Scénario : Marc Besse, Pierre Barougier, Olivier Bourgeois
  • Image : Pierre Barougier
  • Montage : Nigel Galt
  • Musique : Ludovic Bource
  • Producteur(s) : Olivier Bourgeois, Stéphane Cornec, Siham Lizet, Valérie Piazza
  • Interprétation : Wangari Maathai, Mikhaïl Gorbatchev, James Lovelock, Edgar Morin
  • Prises de vue sous-marines : Didier Noirot
  • Distributeur : Zootrope Films
  • Date de sortie : 8 avril 2009
  • Durée : 1h27

Nous resterons sur Terre

de Pierre Barougier, Olivier Bourgeois

En attendant Hulot


En attendant Hulot

Ce n’est pas peu dire que ça se bouscule au rayon docu éco-militant ; en attendant les humbles blockbusters de Hulot et Arthus-Bertrand, voici donc Nous resterons sur terre. Ah, si les bonnes intentions faisaient les bons films…

« Le film a un parti pris esthétique très affirmé » constate le dossier de presse. C’est le moins que l’on puisse dire. Nous resterons sur Terre est une véritable avalanche d’images durant 1h27, avec de la musique tout le temps. Une esthétique de l’accumulation donc. En 1983, Godfrey Reggio, pour les prises de vue, et Philip Glass, chantre de la musique sérielle, orchestraient dans Koyaanisqatsi (ouvrant une trilogie qui sera suivie de Powaqqatsi et Naqoyqatsi) un ballet fascinant pour une expérience visuelle et sonore unique, surtout lorsqu’on a la chance de la vivre en ciné-concert. Dans cette confrontation entre nature et anthropisation, les entités visuelles et musicales se trouvent en complète interdépendance, elles forment un corps qui fait film. Rien de cela avec Nous resterons sur Terre, lequel se situe dans un collage incertain de deux opérations, image et musique, assemblées par le montage (avec Nigel Galt aux manettes, monteur notamment de Eyes Wide Shut). Un long clip en somme. La réaction est davantage « Mais quand est-ce que ça s’arrête ? » plutôt que « Mais qu’est-ce qu’on va devenir si on continue à pourrir la planète ? »

Tout ça est en effet mené à toute berzingue, ça décoiffe avec de très nombreux plans en accéléré ou une longue séquence en split screen sur fond de pop-rock échevelé. Rares sont les plans qui excèdent les vingt secondes… Ce qui est montré est parfois fascinant, mais on ne dépasse pas ce stade du saisissement pour laisser place à la pensée ou, soyons fous, à la méditation. Et que dire de la présence de quatre intervenants prestigieux ? Edgar Morin (auquel Sarkozy avait piqué, pour le fun, la formule de « politique de civilisation ») parvient tout juste à en placer une. Mais non sans mal et pas de quoi fouetter un chat. Quant à Wangari Maathai (Prix Nobel de la paix 2004), James Lovelock (théoricien de « l’hypothèse Gaia » en 1979, selon laquelle la planète formerait un vaste organisme vivant) ou Mikhaïl Gorbatchev (Prix Nobel de la paix 1990 sachant ce que c’est que l’effondrement d’un monde), ils n’ont pas d’autres solutions que de professer des mises en garde niaises ou des banalités affligeantes. « Si on ne prête pas attention à la nature, elle se venge » dit l’un d’eux. Certes, mais encore…

Il faut dire ici combien Notre pain quotidien de Nikolaus Geyhalter (2007) s’impose aujourd’hui comme une référence. Une série de longs plans, souvent fixes, sans musique et sans autre indication géographique que nos représentations nous plaçait au cœur d’une industrie agro-alimentaire aseptisée. Le réalisateur autrichien avait parfaitement saisi la dimension politique de la donnée temps au cinéma. On était interloqué par ce que l’on voyait et la durée permettait de penser ces images ; on pouvait y intégrer des données socio-économiques évidemment, mais aussi des représentations historiques ou encore cinématographiques. Le film convoquait clairement Les Temps modernes, La Mort aux trousses, mais aussi, gros malaise, les massacres de masse ou l’obsession eugéniste des pires régimes politiques du XXe siècle. Le temps permet de dépasser le stade de saisissement du spectateur passif pour laisser place à un regard stimulé par la possibilité d’intellectualiser. Un cinéma qui a quelque chose de démocratique en somme. Pourquoi ce long détour par ce film précieux ? Parce qu’il devient urgent de ralentir le flux des images, le cinéma et plus généralement les différents media audiovisuels ont cette forme de responsabilité politique. En ce sens, Nous resterons sur Terre épouse le rythme frénétique du modèle de développement responsable du piteux état de la planète. Échec et mat.

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