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Portraits fantômes

Portraits fantômes

de Kleber Mendonça Filho

  • Portraits fantômes
  • (Retratos fantasmas)

  • Brésil2023
  • Réalisation : Kleber Mendonça Filho
  • Scénario : Kleber Mendonça Filho
  • Image : Pedro Sotero
  • Son : Kleber Mendonça Filho
  • Montage : Matheus Farias
  • Musique : Tomaz Alves
  • Producteur(s) : Émilie Lesclaux
  • Production : CinemaScópio Filmes
  • Distributeur : Urban distribution
  • Date de sortie : 1 novembre 2023
  • Durée : 1h33

Portraits fantômes

de Kleber Mendonça Filho

Mémoire morte


Mémoire morte

Après Les Bruits de Recife et Aquarius, Kleber Mendonça Filho continue d’ausculter, cette fois par le prisme du documentaire, les évolutions de sa ville natale et l’influence qu’elle exerce sur son œuvre. Il conçoit dans cette perspective une forme de bric et de broc où se retrouvent pêle-mêle photographies contemporaines, archives, vidéos super 8, home movies, ainsi que des extraits de ses propres films. Dans la première partie, focalisée sur l’appartement que le cinéaste habite depuis son adolescence, un même salon devient tour à tour un décor de cinéma, filmé en pellicule dans les années 1980, et un lieu de convivialité récemment photographié à l’IPhone : seules les spécificités techniques (grain, contrastes, etc.) de ces fragments épars permettent d’en deviner l’époque. En superposant ces séquences sans transition, Mendonça Filho explicite toutefois ce qui les différencie : d’un plan à un autre, les habitants vieillissent ou disparaissent, ne laissant derrière eux que les « fantômes » du titre. Le plus important d’entre eux est sans doute celui de sa mère, ancienne propriétaire de ces murs, dont la mort prématurée des suites d’un cancer donne une nouvelle portée biographique au personnage de Sonia Braga dans Aquarius. L’émotion suscitée par ces séquences n’empêche cependant pas le film de tomber çà et là dans des lieux communs sur le cinéma comme puissance d’immortalisation. Qu’il filme le chien des voisins, présent dans Les Bruits de Recife et décédé peu de temps après le tournage, ou la ville des années 1960, aujourd’hui rasée, Kleber Mendonça Filho se présente comme le garant d’une mémoire idéalisée, au risque de recréer une version figée et fantasmée de la ville de son enfance.

Cet autoportrait, non dénué de complaisance, se fait plus net dans la seconde partie. Dès qu’il se concentre sur les salles de cinéma du centre-ville, Mendonça Filho délaisse la mélancolie des premières minutes pour livrer un énième discours sur l’importance d’Hitchcock ou du grain du 35mm. Cette vision passéiste et sélective – il parle de la fermeture des salles historiques comme d’une fatalité, ne précisant pas que Recife en compte toujours une dizaine – devient même réactionnaire lorsqu’il évoque le cinéma Sao Luiz dont il assure la programmation. Iconisée comme le dernier bastion d’une époque révolue et regrettée (une démarche déjà au cœur d’Aquarius et de Bacurau : le village comme l’appartement y étaient des reliques du passé et des « zones à défendre » face au rouleau-compresseur libéral), la salle art-déco est même qualifiée « d’église » où l’on se « met à genoux devant les maîtres ». Rattrapée par un discours malgré lui littéralement conservateur, la beauté floutée des premières minutes se retrouve ainsi gâchée par cette vision du cinéma rigide et personnifiée par un Monsieur loyal se rêvant en unique passeur d’un bon goût poussiéreux.

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