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Rumours, nuit blanche au sommet

Rumours, nuit blanche au sommet

de Guy Maddin, Evan Johnson, Galen Johnson

  • Rumours, nuit blanche au sommet

  • Canada, Allemagne2024
  • Réalisation : Guy Maddin, Evan Johnson, Galen Johnson
  • Scénario : Evan Johnson
  • Image : Stefan Ciupek
  • Décors : John O'Regan
  • Costumes : Bina Daigeler
  • Montage : John Gurdebeke, Evan Johnson, Galen Johnson
  • Musique : Kristian Eidnes Andersen
  • Producteur(s) : Liz Jarvis, Philipp Kreuzer, Lars Knudsen, Guy Maddin, Evan Johnson, Galen Johnson
  • Interprétation : Cate Blanchett (Hilda Ortmann), Roy Dupuis (Maxime Laplace), Denis Ménochet (Sylvain Broulez), Charles Dance (Edison Wolcott), Nikki Amuka-Bird (Cardosa Dewindt), Rolando Ravello (Antonio Lamorte), Takehiro Hira (Tatsuro Iwasaki), Alicia Vikander (Celestine Sproul), Jonas Glob (Zlato Burić)...
  • Distributeur : ED Distribution
  • Date de sortie : 7 mai 2025
  • Durée : 1h43

Rumours, nuit blanche au sommet

de Guy Maddin, Evan Johnson, Galen Johnson

Promenons-nous dans les bois


Promenons-nous dans les bois

Premier long-métrage de fiction de Guy Maddin depuis 2015, Rumours témoigne d’une volonté assumée du farfelu cinéaste canadien de sortir de sa zone de confort pour toucher un public plus large. Malheureusement, le film ressemble moins à une reconfiguration plus accessible du mélange de pastiche cinéphile et d’expérimentation plastique propre à l’esthétique de Maddin, qu’à une petite bizarrerie quasiment disjointe du reste de son œuvre – peut-être parce qu’on y sent davantage l’influence d’Evan et de Galen Johnson, avec qui Maddin travaille depuis 2015[1]Maddin et les frères Johnson ont déjà collaboré ensemble sur quatre courts-métrages, The Forbidden Room (2015) et un hommage expérimental à Vertigo, The Green Fog (2017)..

Rumours met en scène un groupe de chefs d’États réunis en Allemagne pour rédiger un discours en réaction à une crise internationale de grande ampleur, mais dont on ne nous dira rien. À la nuit tombée, ils réalisent que leur personnel a disparu et s’enfoncent dans une forêt mystérieuse à la recherche des secours… De prime abord, le film prend les atours d’une farce politique, avec son portrait absurde d’un sommet du G7 à la croisée du séminaire de pubards et de la colonie d’ados attardés, plus portés sur le sexe que sur la géopolitique. Sur ce pan satirique, le film fonctionne un temps grâce à l’inquiétante étrangeté de son esthétique soap à l’artificialité assumée et au doux cabotinage de ses stars – dont une Cate Blanchett mémorable en ersatz d’Angela Merkel. Il convainc également en fin de parcours dans un monologue final d’anthologie, chapelet de novlangue déclamé sur un ton exalté à un public clairsemé de momies onanistes. Les cinéastes ont cependant la main moins heureuse dans le longuet segment central, qui s’efforce de confronter ses protagonistes à un vertige existentiel essentiellement incarné par des tartines de dialogues abscons. Comme Mickey 17 il y a quelques semaines, on a le sentiment que le film, présenté en compétition à Cannes l’an dernier, arrive en salles un peu trop tard : dans un contexte international apocalyptique, cette fable lunaire sur la vacuité de nos élus face au désastre climatique paraît elle-même un peu inepte.

C’est aussi et surtout formellement que le film déçoit. On pouvait ne pas être sensible à la profusion fétichiste des films précédents de Maddin, à leur noir et blanc charbonneux, leurs éclairages baroques et leurs surimpressions oniriques, mais ces agglomérats maniéristes recyclant et pastichant les esthétiques du cinéma hollywoodien muet et classique produisaient indubitablement leur petit effet – on pense notamment à l’entêtant Winnipeg mon amour (2007), portrait fantasmatique de la ville canadienne éponyme, à laquelle Maddin octroyait par ses coups de force narratifs et plastiques une stature quasi-mythique. Rumours produit assurément quelques images – un cerveau géant posé comme un barbecue au milieu d’une clairière, une jetée plongée dans la brume –, mais assez peu d’idées de cinéma. De l’aveu même des cinéastes dans le dossier de presse du film[2]« Il y avait en permanence deux caméras braquées sur deux des sept acteurs et on faisait ensuite quelques prises sur les autres. […] ce dialogue en sept parties signifie qu’il faut tourner chaque scène encore et encore pour obtenir la couverture nécessaire. », le dispositif de tournage à deux caméras relève de la mise en boîte plutôt que de la mise en scène – un comble pour un styliste tel que Maddin. Si le film préserve dans ses performances d’acteurs l’indubitable étrangeté de son écriture, la manière assez plate dont elles sont filmées (une succession de gros plans sur les protagonistes accompagnant leurs prises de parole) tend à diluer cette singularité. Pas tellement plus grand public que les films précédents de Maddin, ni aussi ambitieux que ses œuvres passées, Rumours fait figure de rendez-vous manqué plutôt que de rencontre au sommet.

Notes

Notes
1 Maddin et les frères Johnson ont déjà collaboré ensemble sur quatre courts-métrages, The Forbidden Room (2015) et un hommage expérimental à Vertigo, The Green Fog (2017).
2 « Il y avait en permanence deux caméras braquées sur deux des sept acteurs et on faisait ensuite quelques prises sur les autres. […] ce dialogue en sept parties signifie qu’il faut tourner chaque scène encore et encore pour obtenir la couverture nécessaire. »

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