© Metropolitan FilmExport
Shadow

Shadow

de Zhang Yimou

  • Shadow

  • Chine2018
  • Réalisation : Zhang Yimou
  • Scénario : Li Wei, Zhang Yimou, Zhu Sujin
  • Image : Zhao Xiaoding
  • Décors : Kwong Wing Ma
  • Costumes : Chen Minzheng
  • Montage : Zhou Xiaolin
  • Musique : Lao Zai
  • Producteur(s) : Zhao Zhang, Edward Cheng
  • Production : Village Roadshow Pictures Asia
  • Interprétation : Chao Deng (Jing), Li Sun (Madame), Ryan Zheng (Le roi de Pei), Qianyuan Wang (Capitain Tian), Guan Xiaotong (La princesse), Wu Lei (Ping)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie VOD : 10 août 2020
  • Durée : 1h56

Shadow

de Zhang Yimou

L'art de la guerre


L'art de la guerre

Du wu xia, Zhang Yimou a déjà livré un beau requiem avec Le Secret des poignards volants, sorti il y a maintenant plus de quinze ans. Depuis cette épopée chatoyante, qui embrassait avec fougue toute l’emphase des récits de sabre chinois, le genre a quelque peu perdu de son rayonnement en Occident. En témoigne la sortie directement en DVD de Shadow, du même Zhang Yimou, qui s’affirme comme la version désenchantée de ses aînés. Plus de couleurs éclatantes ou de corps défiant les lois de la gravité : place aux nuances de gris et aux corps affaiblis, qui trébuchent ou s’adonnent à l’auto-mutilation. On y suit un jeune soldat, une « ombre » destinée à venger un noble dont il endosse l’identité dans l’espoir de reprendre une cité occupée par une famille rivale. Le résumé pourrait s’arrêter là, tant le film reprend en fait un schéma bien connu (celui de l’apprenti manipulé puis trahi par son maître) et l’accompagne tout juste d’un zeste de réflexivité, dans un méta-récit où une poignée de souverains machiavéliques tirent les ficelles du scénario, déplacent leurs pions et dirigent leurs doublures à distance. Shadow n’a malheureusement pas beaucoup d’autres flèches à son arc. Peu inspiré, il s’en remet assez vite à une surenchère d’effets et d’idées improbables (dont l’assaut d’une ville par des combattants glissant comme des toupies entre deux ombrelles), avant de sombrer sous une avalanche de twists tous plus clichés les uns que les autres – comme la découverte d’une machination par un souverain qui fait justement partie du plan de son ennemi pour le déloger du pouvoir.

En dépit de ce triste tableau, la toute fin du film laisse espérer que le cinéma de Zhang Yimou a peut-être retrouvé, toutes proportions gardées, un peu de sa finesse après la débâcle de La Grande Muraille. Le dernier plan – qui est aussi le premier –, offre ainsi une belle issue à un personnage jusqu’alors volontairement mis en retrait : celui de l’ancienne Reine du Royaume, prise au piège après l’échec d’un coup d’État auquel elle a participé, qui doit choisir entre prendre la fuite ou continuer de jouer son rôle de souveraine en changeant à nouveau de camp. Dans l’embrasure d’une porte, où un rai de lumière éclaire son visage tandis que l’espace autour d’elle s’est entièrement assombri, celle-ci comprend qu’elle va devoir continuer de jouer en vue de maintenir sa position. Pour elle, rester dans la lumière revient à devenir l’ombre d’elle-même.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !