© Paramount Pictures
Parallax — Les Ailes et Top Gun : Maverick

Parallax — Les Ailes et Top Gun : Maverick

Parallax — Les Ailes et Top Gun : Maverick

Les airs hors du temps


Les airs hors du temps

Une fois par mois, Parallax regarde le cinéma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, l’ombre des Ailes de William A. Wellman (1927) plane sur Top Gun : Maverick de Joseph Kosinski (2022).

L’attrait des deux derniers films de Joseph Kosinski, Top Gun : Maverick (2022) et le récent F1, repose largement sur l’immersion promise par leurs dispositifs techniques. En accrochant une batterie de caméras à des véhicules de pointe – avions de chasse pour le premier, bolides de course pour le second –, ils revendiquent une restitution authentique[1]L’économie d’effets numériques vantée par le marketing des films est en partie une fausse promesse, comme en attestent les making-of : https://www.youtube.com/watch?v=Xl2NqB7MjfE&t=215s des sensations des pilotes lancés à toute allure. Le travail de Kosinski s’inscrit dans une double filiation : le processus de captation de F1 actualise par exemple celui du Grand Prix (1966) de John Frankenheimer, tandis que les zincs de Top Gun : Maverick évoquent ceux d’un lointain prédécesseur, Les Ailes (1927) de William A. Wellman. Récemment présentée en ouverture de la rétrospective que consacre la Cinémathèque française au réalisateur, cette fresque du cinéma muet, centrée sur deux pilotes inséparables durant la Première Guerre mondiale, abrite déjà, au milieu d’une reconstitution de grande ampleur du champ de bataille, d’ahurissantes prises de vues aériennes in situ permises par des caméras juchées sur les biplans. Ajoutons que le finale du film de 1927, qui voit David (Richard Arlen), l’un des deux héros, abattu en territoire ennemi et contraint de subtiliser un aéronef allemand, semble préfigurer directement l’un des derniers rebondissements de Top Gun : Maverick.

Ces spectaculaires ballets mécaniques se déroulent par ailleurs, dans les deux cas, sur un fond tragique. Dans Maverick, le personnage de Tom Cruise (éternel fantôme de lui-même) doit se confronter à ses échecs passés, dont le souvenir ressurgit par l’entremise de flashbacks composés à partir de plans du premier Top Gun. De même, la perspective d’un destin funeste contrebalance dans Les Ailes l’enthousiasme des jeunes pilotes, notamment suite à la mort d’un novice, joué par Gary Cooper, avant même son premier dogfight. Les avions eux-mêmes, totems d’un ancien temps dans le récent Top Gun (Maverick retape un coucou dans son hangar, tandis que les pontes de l’armée veulent remplacer l’escadrille par des drones), apparaissent d’abord dans Les Ailes sous la forme d’une ombre évoquant un oiseau de proie invisible, comme un mirage mystérieux et menaçant.

D’un film à l’autre, le vol permet cependant de conjurer le spectre de la fatalité. Obsolète au sol, le vieillissant Maverick retrouve dans les airs une vigueur inaltérée. À l’inverse, le retour au pays de Jack (Buddy Rogers), l’un des héros de Wellman, après avoir raccroché son costume de pilote, achève son passage à l’âge adulte (juvénile à son départ, le voici grisonnant). Le dénouement des Ailes entérine, alors que David agonise dans les bras de son ami, le parallèle entre vol et vitalité : l’hélice de l’avion s’arrête de tourner en même temps que le cœur du pilote cesse de battre. Tous deux « dirigés » par des aviateurs (Tom Cruise, également producteur et pilote à ses heures, et William A. Wellman, vétéran de la Grande Guerre), Top Gun : Maverick et Les Ailes imaginent le ciel comme un lieu où les « chevaliers des airs » suspendent momentanément l’inéluctabilité du temps qui passe.

Notes

Notes
1 L’économie d’effets numériques vantée par le marketing des films est en partie une fausse promesse, comme en attestent les making-of : https://www.youtube.com/watch?v=Xl2NqB7MjfE&t=215s

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