Les imposants panoramas des landes chiliennes, où ciel et terre se confondent à l’infini, n’inspirent malheureusement aux Colons qu’une poignée de plans. La beauté émanant des premières minutes – on y voit des ouvriers délimiter une parcelle de terrain en plantant une clôture au milieu de la pampa – se fait plus rare une fois l’intrigue lancée : le jeune Segundo (Camilo Arancibia) est recruté pour une expédition destinée à prospecter des terres nouvellement acquises par un riche propriétaire (Alfredo Castro), en exterminant au passage les natifs Onas. Si l’introduction rappelle l’épopée de Godland, Felipe Galvez bifurque plutôt vers un pastiche de western multipliant les effets de style et les punchlines. Caricatures sur pattes, l’ancien soldat anglais vociférant et le cow-boy expatrié qui accompagnent Segundo font tendre le film vers un étrange second degré. Le mélange d’ultraviolence (meurtres, mutilations, viols) et de traits d’humour incongrus (un colonel écossais abat le cow-boy qui l’appelle par erreur « anglais ») accouche d’un film ambigu, coincé entre l’impératif d’un devoir de mémoire et le ton d’une mauvaise série B.
En voulant retracer un épisode décisif de l’histoire du Chili, Galvez multiplie toutefois les embardés narratives inabouties : après une ellipse, Les Colons se mue en film de chambre centré sur le propriétaire terrien, avant de suivre un employé du gouvernement parti chercher Segundo pour entendre de sa bouche le récit de la colonisation. L’homme invite même le personnage principal à jouer dans un film documentaire sur la vie des locaux, quand bien même sa femme Kiepja (Mishelle Guaña), d’origine Onas, est réticente à laisser son image être capturée par des colons. Si elle ouvre une piste prometteuse sur la représentation des Natifs et la vampirisation de leur culture, la séquence produit surtout une curieuse mise en abyme : l’agent du gouvernement insiste pour dramatiser la séquence, jusqu’à s’aliéner ses protagonistes. Comme le film de Galvez lui-même, le récit historique, à trop vouloir en faire, vire à la mauvaise blague.