Il était logique que le cinéma d’animation s’empare du roman graphique[1]Pour reprendre la terminologie employée par les libraires pour vendre des bandes-dessinées à des lecteurs de littérature d’AJ Dungo, tant le motif de l’eau (au cœur de ce récit à la première personne) le prédestine à l’image en mouvement. Si Ponyo sur la falaise reste indépassable dans ce domaine, Phuong Mai Nguyen investit les potentialités que lui offre l’élément aquatique : ce sont parfois des transitions sans coupe (un drap se transforme en vague, l’océan se retrouve enfermé dans une gourde, etc.), parfois un jeu sur la proximité matérielle entre l’eau et l’encre. L’histoire d’amour au long cours entre le skateur AJ et la surfeuse Kristen est en effet mise en abîme par l’écriture de la BD et plus largement par les nombreux dessins du personnage, auxquels il arrive de prendre vie à l’écran. Ce parallèle est la part la plus convaincante du film, le mouvement de cette histoire tragique s’apparentant à celui d’une marée inéluctable.
Une fois le cancer de Kristen révélé, In Waves semble toutefois s’assagir. C’est assez terrible à écrire puisqu’il s’agit d’une histoire vraie et que le film est d’ailleurs dédié « à Kristen », mais l’arrivée de la maladie installe le récit sur des rails. La narration devient épisodique, rythmée par le calendrier médical, tandis que la mise en scène semble en partie délaisser les sensations pour se concentrer sur les émotions et donc les visages, dont les traits à la texture numérique paraissent paradoxalement plus figés que dans les planches de Dungo. Juste avant la mauvaise nouvelle, le film atteint pourtant son climax émotionnel dans une scène non tragique, mais joyeuse. Il s’agit d’un pur segment de teen-movie : un échange de textos, un split-screen, puis un premier baiser en cachette, le tout sur une très belle chanson originale d’Oklou. Casting musical malin pour ce film français dont l’action se déroule à Los Angeles, en langue anglaise (même si, fait assez rare pour le souligner, la version française avec Lyna Khoudri et Rio Vega se présente également comme une « version originale »), car la plus américaine des chanteuses nées à Poitiers ramène avec elle une forme de mélancolie rêveuse. Quand AJ s’éloigne de la maison de son amoureuse, il semble que c’est son euphorie qui fait soudain pleuvoir le ciel. Ces gouttes d’eau sont plus émouvantes que les larmes à venir.
Notes
| ↑1 | Pour reprendre la terminologie employée par les libraires pour vendre des bandes-dessinées à des lecteurs de littérature |
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