Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Roxanne Gaucherand réalise des films et des clips.
Petite quête annexe audio à travers des niveaux et des scènes.
« Traveller from beyond the Fog, let my hand rest upon you, for but a moment. »
DONNIE DARKO BY RICHARD KELLY
00′00″ ♪ Sound excerpt
Donnie Darko est un objet étrange : teen movie mélancolique, thriller fantastique sur fond d’apocalypse. Je l’ai découvert ado et j’ai été immédiatement fascinée. C’était le premier film où je ressentais une nostalgie teintée de malaise pour une époque récente que je n’avais pas vécue. Un film très « eerie ».
Donnie est un ado somnambule constamment dans un état second à cause de ses anxiolytiques. Une nuit, il est réveillé par une voix, comme dans un début de jeu vidéo. Un PNJ en costume de lapin lui annonce la fin du monde. Il devient notre avatar : corps flottant, entre deux états, qui suit les quêtes annexes données par le lapin jusqu’à une fin inéluctable.
“Donnie Darko” is a strange object : a melancholic teen movie, a fantastical thriller set against an apocalyptic backdrop. I discovered it as a teenager and was immediately fascinated. It was the first film that made me feel a kind of nostalgia tinged with unease for a recent era I hadn’t lived. A very eerie film.
Donnie is a sleepwalking teenager, constantly dazed from his anti-anxiety medication. One night, he’s awakened by a voice, the kind you’d hear at the start of a video game. An NPC in a rabbit costume announces the end of the world. He becomes our avatar : a floating body, in between two states, following the side quests given by the rabbit until an inevitable ending.
CHRONO TRIGGER
02′15″ ♪ Yasunori Mitsuda — Secret of the Forest
Un jeu culte sorti en 1995 sur Super Nintendo, où des aventuriers voyagent dans le temps et découvrent que le monde court à sa destruction. Chaque époque a son propre traitement visuel et sa bande son. Mitsuda a dû être super ingénieux pour proposer des thèmes plus longs, plus évolutifs et plus riches que dans la plupart des jeux de l’époque. Je suis tombée sur ce morceau pendant une insomnie, en lançant au hasard des bandes-sons de jeux vidéo pour m’endormir et ça m’a bien téléportée.
A cult game released in 1995 on Super Nintendo, where adventurers travel through time and discover that the world is heading toward destruction. Each era has its own visual style and soundtrack. Mitsuda must have been pretty inventive to create themes that were longer, more evolving, and richer than most game music at the time. I stumbled upon this track during a sleepless night, randomly playing video game soundtracks to fall asleep, and it truly transported me.
DOSHIN THE GIANT
04′27″ ♪ Tatsuhiko Asano — Yellow Giant
J’ai découvert ce jeu bizarre sur GameCube, où tu incarnes un dieu géant et tout nu qui doit modeler l’île Barudo pour aider (ou non) ses habitants. La bande son est assez singulière pour un jeu vidéo, avec des guitares groovy, des sons d’oiseaux et de vagues, des sifflements marrants… Ça accompagne parfaitement l’ambiance onirique et décalée de cette île. On sent bien l’ambiance tropicale fun des jeux de cette époque.
I discovered this odd GameCube game where you play as a giant, naked, god who must shape Barudo Island to help (or not) villagers. The soundtrack is quite unusual for a video game, with groovy guitars, bird and wave sounds, funny whistling… It perfectly matches the island’s dreamy, offbeat vibe. You can really feel the fun, tropical vibe of games from that era.
GONE HOME
07′06″ ♪ Bratmobile — Some Special
Une fiction interactive où on incarne Kaitlin, l’ainée de la famille, de retour dans une maison vide après son voyage en Europe. On découvre peu à peu ce qui est arrivé à sa famille en fouinant dans l’inquiétant manoir. Ça commence comme un survival horror pour finalement plonger dans l’intimité de notre petite sœur Sam. L’histoire se déroule dans les années 90 et plein de détails sont laissés pour raconter cette époque, comme des cassettes compil de groupes Riot Grrrl offertes à Sam par une certaine Lonnie. Sans spoiler, c’est très touchant et très teenage, sur la découverte de soi. Un de mes plus jolis souvenirs de gaming. Le personnage de mon film Pyrale s’appelle Sam en clin d’œil au jeu.
An interactive fiction where you play as Kaitlin, the eldest sibling of the family, returning to an empty house after a trip to Europe. Slowly, you discover what happened to her family by snooping around the creepy mansion. It starts like a survival horror game then dives into the intimacy of our younger sister Sam. The story takes place in the 1990s, and many details evoke that era, like “Riot Grrrl” mixtapes given to Sam by a certain Lonnie. Without spoiling anything, it’s deeply moving and super teenage, a story about self-discovery. One of my most beautiful gaming memories. The character in my film “Pyrale” is named Sam as a nod to the game.
GONE GIRL BY DAVID FINCHER
09′00″ ♪ Just Like You — Trent Reznor & Atticus Ross
J’ai vu Gone Girl en même temps que je jouais à Gone Home, et ma mémoire les associe souvent : deux enquêtes où des indices et un journal intime baladent le personnage à travers des lieux vides et chargés de secrets. Mais le film de Fincher est glacial : chaque indice est un leurre qui brouille la réalité. Dans cette ambiance flottante, la B.O. renforce le malaise : des compositions ambivalentes, très aériennes mais froides. Quelque chose sonne faux, comme un bonheur artificiel et lointain. Ce morceau accompagne un souvenir « heureux » d’Amy, évoqué dans le journal intime de fiction qu’elle a laissé derrière elle dans la mise en scène de son enlèvement. Je pense que c’est mon Fincher préféré.
I watched “Gone Girl” at the same time I was playing “Gone Home”, and my memory often links them : two investigations where clues and a diary guide the character through empty places filled with secrets. But Fincher’s film is icy : every clue is a decoy that blurs reality. In that floating atmosphere, the score intensifies the unease :ambivalent compositions, very airy yet cold. Something sounds off, like an artificial and distant happiness. This track accompanies a “happy” memory of Amy, described in the fictional diary she left behind as part of her staged disappearance. I think it’s my favorite Fincher film.
RIDGE RACER TYPE 4
12′53″ ♪ Naked Glow — Kohta Takahashi
Sur la première Playstation, les jeux de course de bagnole étaient vraiment très fun. Une des raisons pour moi était les bandes-son techno/rave et drum’n’bass qui boostaient nos bagnoles (Wipeout, Grand Turismo…).
Ridge Racer Type 4 était mon préféré. La DA, des menus aux voitures, me faisait rêver et les sensations de vitesse étaient super grisantes. Avec mon cousin, on re-faisait les courses juste pour écouter ces petites bass funky ou des morceaux de house pointue. J’ai encore des frissons quand j’écoute cette B.O.
On the first PlayStation, car racing games were incredibly fun. For me, part of the thrill came from the techno/rave and drum’n’bass soundtracks that fueled our rides (Wipeout, Gran Turismo…).
Ridge Racer Type 4 was my favorite. The art direction — from menus to cars — made me dream, and the sense of speed was thrilling. With my cousin, we would replay races just to listen to those funky basslines or sharp house tracks. I still get chills when I listen to that soundtrack.

KNIT’S ISLAND BY EKIEM BARBIER, GUILHEM CAUSSE & QUENTIN L’HELGOUALC’H
16′06″ ♪ Sound excerpt
A mes yeux, l’un des films les plus justes sur le confinement et la sensation du gaming. Les réalisateurs n’utilisent pas le jeu vidéo comme un artifice ou un décor spectaculaire, ils en font un vrai espace documentaire. On y voit des gens qui jouent vraiment, font du role-play et tissent des liens forts en communauté. Les réalisateurs jouent aussi les reporters de guerre, en mode survie dans un monde apocalyptique peuplé de zombie, mais c’est toujours pour atteindre quelque chose d’intime chez les joueurs. Dans cet extrait, on roule en voiture dans DayZ avec un couple australien qui décrit le monde pas si réel qui les entoure en plein confinement.
To me, one of the most accurate films about lockdown and the feeling of gaming. The directors don’t use video games as a gimmick or spectacular backdrop ; they use them as a genuine documentary space. We see people truly playing, role-playing, and building real community bonds. The directors also act like war reporters, surviving in an apocalyptic world filled with zombies, but always to reach something intimate with the players. In this excerpt, we’re driving in DayZ with an Australian couple describing the not-quite-real world around them during lockdown.
SILENT HILL 2
17′02″ ♪ Heaven’s Night — Akira Yamaoka
Je me souviens que je pouvais seulement regarder mon cousin jouer tellement ce jeu me faisait flipper. C’était surtout à cause de sa B.O. qui nous a obsédés pendant toute notre adolescence.
L’ambiance de ce jeu est unique. C’est pas de l’horreur facile mais quelque chose de très mélancolique et profondément dérangeant. C’est un jeu où tu peux vraiment sentir la solitude, même si tu joues avec quelqu’un. Les compositions de Yamaoka appuient cette atmosphère malaisante avec des nappes dissonantes, des mélodies fragiles, des rythmes irréguliers, des bruitages industriels ou des tonalités pas claires. Ça donne vraiment un effet de suspension et d’enfermement.
I remember I could only watch my cousin play because the game scared me too much. It was mainly due to the soundtrack, which obsessed us throughout our teenage years.
The atmosphere of this game is unique. It’s not traditional horror, but something deeply melancholic and disturbing. It’s a game where you can truly feel loneliness, even when you’re playing with someone. Yamaoka’s compositions deepen this unsettling mood with dissonant layers, fragile melodies, irregular rhythms, industrial textures, and ambiguous tonalities. It creates a real sense of suspension and confinement.
KAIRO BY KIYOSHI KUROSAWA
19′00″ ♪ Sound excerpt
Je suis très fan de Kiyoshi Kurosawa et de ses idées de scénario bizarres qu’il tient avec beaucoup de sérieux. Dans cette scène, Kawashima utilise un CD-Rom pour installer internet et ouvre par accident un passage vers l’au-delà. Un film de fantôme très sobre, dans un Tokyo dépeuplé où des suicides et disparitions inexpliquées se multiplient. Chaque apparition est effrayante et très minimaliste : une tache sombre sur un mur, des images bruitées sur un ordinateur ou une voix numérisée qui chuchote « à l’aide » dans le silence complet. Un magnifique film sur la solitude et l’isolement. Très flippant.
I’m a big fan of Kiyoshi Kurosawa and his weird story ideas treated with great seriousness. In this scene, Kawashima uses a CD-ROM to install the internet and accidentally opens a gateway to the afterlife. A very restrained ghost film set in an emptyTokyo where unexplained suicides and disappearances keep piling up. Each apparition is sublte and terrifying : a dark stain on a wall, glitchy images on a computer, or a digitized voice whispering “help me” in total silence. A magnificent film about loneliness and isolation. Very frightening.
GHOST IN THE SHELL BY MAMORU OSHII
20′33″ ♪ Chant II — Ghost City — Kenji Kawai
J’ai vu Ghost in the Shell pour la première fois cette année et c’était une grosse claque visuelle et musicale. Ce morceau illustre une séquence assez onirique, sans doute celle qui m’a le plus marquée, à travers une ville futuriste et dystopique. J’adore chaque plan et chaque détail, parfaitement montés sur les chœurs et percussions mystiques de Kenji Kawai.
I saw “Ghost in the Shell” for the first time this year, and it was a huge visual and musical shock. This track illustrates a dreamlike sequence — probably the one that struck me most — moving through a futuristic, dystopian city. I love every shot and detail, perfectly edited to Kenji Kawai’s mystical choirs and percussions.
APE ESCAPE
24’03″ ♪ Dark Ruins — Soichi Terada
Un jeu très fun sorti sur PS1 où on doit capturer des singes fugitifs avec tout un tas de gadgets sur des morceaux jungle house de Soichi Terada. Bon délire.
A super fun PS1 game where you chase runaway monkeys using all sorts of gadgets, set to Soichi Terada’s jungle house tracks. Pretty fun.
BLACK MIRROR — SAN JUNIPERO BY OWEN HARRIS
25’56″ ♪ Sound excerpt
Je ne dirais pas que cet épisode est un bon film, mais il m’a fait pleurer comme rarement. Difficile d’en parler sans spoiler, en tous cas il aborde des thèmes qui me travaillent.
J’y vois un écho maladroit et touchant à ce dont parle Mark Fisher : un capitalisme tardif où le futur semble annulé, où on est bloqué dans une répétition culturelle et politique infinie. Le passé fantomatique se manifeste par des musiques types, des biens de consommation et des modes vestimentaires qui s’enchaînent sans rien changer. Mais c’est sans cynisme. Je crois aussi que ça a rendu sensible un truc que mes parents me disent parfois : tu vieillis dans ton corps, mais dans ta tête tu es toujours la même personne qu’à 20 ans, le temps qui passe tout ça. Et je sais pas, ça me touche. Ça parle vraiment de la mort d’une façon singulière.
I wouldn’t call this episode a “great film,” but it made me cry out of nowhere. Hard to talk about without spoilers, I think it touches on themes that really resonate with me.
I see in it a clumsy but touching echo of what Mark Fisher wrote about : late capitalism, where the future feels canceled, and we’re stuck in an endless cultural and political loop. The ghost of the past surfaces through nostalgic music, consumer goods, and fashion trends that loop without changing anything really. But the film never gets cynical. I also think it made me sensitive to something my parents sometimes tell me : you age physically, but in your mind you’re still the same person you were at 20. Time passing, all that. I don’t know… it just hits me. It talks about death in a truly unique way.
FINAL FANTASY X
26’17″ ♪ Wandering — Masashi Hamauzu
FFX est un de mes jeux préférés. On explore Spira, un monde qu’on sent au bord de la destruction, dévasté par un cycle éternel de catastrophe. Les cinématiques étaient trop belles avec une love story bien tragique. À sa sortie (2001), jamais autant de dialogues n’avaient été enregistrés pour un jeu.
Final Fantasy X is one of my favorite games. You explore Spira, a world on the brink of destruction, trapped in an endless cycle of disaster. The cutscenes were stunning, with a tragic love story. When it was released (2001), no game had ever recorded so many voice lines before..
ELEPHANT BY GUS VAN SANT
28’25″ ♪ Sound excerpt
Un film marquant pour moi. C’était la première fois que je voyais une narration non linéaire, un rythme lent, et que je ne m’ennuyais pas. On connaît la fin mais on regarde jusqu’au bout, en recomposant le puzzle des plans séquence. Les déambulations au steadicam évoquent un jeu vidéo à la 3ème personne, même si je rejette le cliché qui lie jeux vidéos et violence. La lumière, le son, la mise en scène… ce film est sublime.
A film that left a mark on me. It was the first time I saw non-linear storytelling with a slow rhythm, and didn’t feel bored. We know how it ends, but keep watching, piecing together the puzzle of long takes. The steadicam shots evoke a third-person video game, even though I reject the cliché linking video games to violence. The light, the sound, the direction… this film is sublime.
THE LAST OF US 2
30’35″ ♪ Sound excerpt (Take on Me cover)
Ellie trouve une guitare dans un magasin de musique au cœur d’un Seattle dévasté et rempli de zombies. Elle joue un morceau appris par son père adoptif disparu, avant de se lancer dans une sérénade très mignonne pour sa copine Dina. C’est un petit moment emo et calme où tu dois jouer les bons accords avec le pad tactile de la manette. J’ai vu des vidéos de gens qui se motivent pour faire des covers de Despacito ou autre.
J’ai adoré ce jeu que je trouve particulièrement cinématographique dans son écriture soignée des personnages et dans sa mise en scène. Il a été adapté en série mais le résultat n’est pas à la hauteur des émotions et de la narration par le gameplay.
Ellie finds a guitar in a music shop in the heart of a zombie-infested, devastated Seattle. She plays a song taught by her adoptive father then turns it into a sweet serenade for her girlfriend, Dina. It’s a quiet, emotional moment where you have to play the right chords using the controller’s touchpad. I’ve seen videos of people playing covers of “Despacito” or other songs.
I loved this game. I think it’s very cinematic, with its deep character writing and sharp direction. It was turned into a TV show, but the adaptation doesn’t match the emotional depth or storytelling you experience through gameplay.

RIDGE RACER TYPE 4
35’16″ ♪ Epilogue — Asuka Sakai
Ici c’est la musique du générique de fin, dans les phares d’une voiture en pleine nuit, où le boss de ton écurie te dit des trucs émouvants car tu as remporté le grand prix auquel il ne croyait plus. Des petites narrations mignonnes pour un jeu de course.
« Giuliano, will you forgive me if I have a dream again ? »
The end credits music, with headlights cutting through the night, as your team manager tells you emotional things because you’ve won the Grand Prix he had stopped believing in. Cute little narrative touches in a racing game.
“Giuliano, will you forgive me if I dare to dream again?”
KNIT’S ISLAND BY EKIEM BARBIER, GUILHEM CAUSSE & QUENTIN L’HELGOUALC’H
36’16″ ♪ Sound excerpt
Vers la fin du film, le Révérend Stone, leader fictif du groupe de joueurs, s’éloigne au milieu de la mer infinie du jeu en chantant.
Toward the end of the film, Reverend Stone — the fictional leader of the group of players —walks away into the infinite sea of the game, singing.