Accueil > Actualité ciné > Critique > 18 jours mardi 13 septembre 2011

Critique 18 jours

Intérieur/extérieur, par Camille Pollas

18 jours

Tamantashar Yom

18 jours compte bien des défauts et il est trop long. Il reste pourtant d’un réel intérêt, malgré l’inégalité de ses chapitres. Inutile de les hiérarchiser, le film collectif est inséparable de son projet : réunir au lendemain de la révolution égyptienne dix cinéastes pour faire revivre, chacun à sa manière, la vie au Caire durant les dix-huit jours de manifestations à l’issue desquelles Hosni Moubarak démissionna.

L’extraordinaire vague de contestation qui traverse les pays arabes depuis l’hiver 2010-2011 ne manquera pas, après les moissons d’images directes postées sur les sites de vidéos en ligne, de se revivre au travers du cinéma. Pour l’heure, en septembre 2011 (et en réalité depuis mai, le film ayant été montré à Cannes), malgré les désillusions constatées après certaines victoires et l’enlisement de la situation syrienne, l’euphorie est la première image que l’on attendait d’un cinéma post-révolution. 18 jours, composé de dix courts films-chapitres de dix réalisateurs égyptiens, se centre sur la période relativement brève de manifestations ayant abouti au départ du président Hosni Moubarak.

Pourtant au lieu d’un film de victoire, d’un film engagé voir dialectique, 18 jours exhale un parfum bien différent. À voir comment les réalisateurs ont mis en scène les jours de violences et de manifestations pacifiques, on découvre un ensemble, qui, bien loin de mettre en avant une foule unie – celle de la place Tahrir –, présente des individus isolés, reclus dans leur existence et terrifiés à l’idée de mettre le nez dehors quand gronde le danger. Un des personnages est un geek tout ce qu’il y a de mondialisé, il vit sa révolution sur Facebook et ne finira par rejoindre la rue que pour le joli minois de sa voisine. Un autre se laisse quasiment mourir de faim derrière le store de fer baissé de son magasin, plutôt que d’affronter les bruits de violence indéfinie qui lui parviennent. D’autres encore traverseront aphasiques des jours entiers avant d’ouvrir leur porte. La société égyptienne, qui semble dans certains programmes un peu schématique, ne ressemble en général pas à celle qu’on imagine. Elle ressemble plutôt à la nôtre, individualiste avant d’être héroïque, et sa représentation témoigne, de la part des participants au projet, d’une humilité et d’un recul qui s’apparentent à de la sagesse. D’autant que cette image rencontre naturellement le courage, les martyrs, les exactions et les erreurs commises, que l’on voit dans le film, et qui furent le centre à peu près unique de l’attention médiatique.

Pourtant, de recul, les cinéastes en avaient peu. Quelques jours après la révolution, devant l’impossibilité qu’un seul regard rende la diversité des émotions vécues, le projet collectif est décidé. Quatre scénaristes travaillent aux histoires puis le tournage démarre immédiatement. Mais s’il est hanté par la peur de l’action, 18 jours ne donne ni leçons ni bons points. Ceux qui agissent le font rarement pour de bonnes raisons, et même, ceux qui agissent mal pourraient bien souvent le faire pour de bonnes raisons. Conclusion : l’union fait la force mentale. Rien de nouveau sous le soleil mais c’est ce qui fait l’humilité de 18 jours : montrer non pas ceux qui ont fait la révolution, mais ce qu’a (aussi) fait la révolution. Les médias ont joué leur rôle à plein, le cinéma suit ici le sien, bien souvent oublié, de respecter une distance entre les événements et la caméra. Il y aurait des leçons à donner à bien des industries cinématographiques autrement plus huilées.

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