Accueil > Panorama > Festival > Berlinale 2012 > Death Row mardi 14 février 2012 17:30

par Julien Marsa

Berlinale Special

Death Row

critique: Death Row
réalisé par Werner Herzog

Présenté en avant-première mondiale, un des nouveaux films de Werner Herzog (il dit en avoir tourné six l’année dernière !), un documentaire en quatre épisodes de 47 minutes, chacun sous la forme d’un portrait de condamné à mort attendant son exécution dans une prison américaine. Chaque épisode est constitué de témoignages des condamnés eux-mêmes, mais aussi de leurs proches, des enquêteurs, des avocats, comme autant de champs-contrechamps qui se répondent, se complètent, se contredisent. L’enjeu ici n’est pas d’établir la culpabilité ou non de chacun, mais véritablement de plonger dans le cœur de la psyché américaine, de son rapport à la mort et à l’exécution.

Herzog trouve dans le couloir de la mort un véritable vivier d’histoires, tissant tout un réseau implicite entre les cinq détenus (le troisième épisode étant un double portrait) qu’il a rencontrés pour saisir l’essence même de la vie dans l’attente d’une mort annoncée mais jamais prévue. C’est d’ailleurs tel un couperet (oserait-on le mot « sentence » ?) que tombe à chaque fin d’épisode un carton indiquant que le détenu en question est toujours dans l’attente d’une date d’exécution. Herzog ne cherche bien évidemment pas à nous servir un énième plaidoyer contre la peine de mort, il lui suffit de faire de ces hommes et femmes de véritables « personnages de cinéma » pour être cependant clair sur sa position. Mais ce sont surtout les conditions de détention (symbolisées par la monotonie des uniformes des condamnés, et l’insalubrité des salles de parloir) et leurs effets pervers qui intéressent le cinéaste allemand, dans un exercice de recueil et de partage de la parole des prisonniers.

Un nombre impressionnant de thématiques traversent ces discussions parfois drôles et cruelles, telle la perte de la notion du temps, l’incertitude, la culpabilité, l’impossibilité de connecter l’image de l’assassin à ses actes, pour un film qui réussit à faire de la notion de doute un véritable processus d’interrogatoire. Lors des entretiens, Herzog s’attache aux détails (les détenus ont-ils encore des rêves, des espoirs, des désirs ?), et c’est bien son propre visage que l’on distingue parfois en reflet sur la vitre du parloir, comme si, il l’avoue lui-même, c’était lui qui aurait pu être à leur place. Alors, qu’aurait-il fait ?

Tout ce pan quelquefois anxiogène du documentaire est habilement mis en balance avec des passages en extérieur, où Herzog se rend sur les lieux des meurtres présumés. Il donne à voir des lieux de désolation, de perdition comme seule l’Amérique des désœuvrés peut en fournir. C’est alors toute une histoire de la photographie et du cinéma qui est convoquée, de Joel Meyerowitz au Macadam à deux voies de Monte Hellman. Mais c’est surtout une vision saisissante des suburbs et des villes moyennes perdues au fin fond des États-Unis que propose Herzog, comme des lieux laissés à l’abandon, où toute humanité est niée par un système capitaliste qui écrase les plus démunis.

Berlinale 2012
mini-site
Annonces