Megalopolis de Francis Ford Coppola | © Le Pacte
Cannes, la promesse d’une aurore ?

Cannes, la promesse d’une aurore ?

Cannes, la promesse d’une aurore ?

Le grand saut


Le grand saut

Dans une courte scène de Megalopolis révélée en amont de sa présentation cannoise, Caesar, l’architecte joué par Adam Driver, se tient sur le rebord d’un gratte-ciel alors que se lève une splendide aurore numérique aux atours surnaturels. L’homme se penche dangereusement devant l’abîme, avant d’interrompre l’écoulement du temps d’un geste étrange : il croise les deux poignets, rabattus sur son visage, comme pour échapper à une vision mortifère. Ce geste en rappelle d’autres et s’inscrit dans une généalogie qui plairait à Coppola, dont la fibre vampirique est l’une des plus fécondes (Dracula, L’Homme sans âge, Twixt) : celle de Nosferatu et d’autres figures défiant le temps et la mort. Caesar, justement, a le pouvoir de « stopper le temps », vieux fantasme parcourant la filmographie coppolienne, qui ajoute une couleur nostalgique à une œuvre par ailleurs laborantine et visionnaire.

Nosferatu / Dracula / Megalopolis

C’est peu dire que le nouveau Coppola, longtemps cantonné au rang de film fantôme, condamné à errer dans les limbes des projets jamais tournés, est le plus attendu de cette 77e édition, d’autant qu’il promet, dans la lignée de Coup de cœur et des dernières œuvres, sublimes (L’Homme sans âge, Tetro et Twixt), la poursuite d’une voie expérimentale. Il est fort probable que le film divisera – notamment parmi ceux qui fantasment le retour à une forme post-classique héritée du Parrain –, mais qu’un film pareil existe enfin et soit montré à Cannes constitue, au-delà du storytelling qui fait déjà son cachet (mûri de longue date, le projet a été financé grâce aux deniers de Coppola lui-même), une réjouissante nouvelle.

Seulement voilà, le retour du vieux démiurge pourrait être éclipsé par une autre aurore. Difficile d’y couper, on ne va faire pas semblant de ne pas être au courant, d’autant que même la présidente du Festival, Iris Knobloch, dit « suivre la situation de près » : voilà une semaine que médias et initiés bien renseignés (mais aussi quelques comptes complotistes faisant leur beurre de révélations scabreuses) évoquent la parution imminente d’une enquête projetant la lumière, dans le sillage de #MeToo et des prises de paroles de Judith Godrèche, sur les comportements délictueux de plusieurs acteurs et producteurs français. Si cette perspective suscite sur les réseaux sociaux une excitation mal venue (quid des victimes ?), elle place aussi cette édition sous l’orée d’un grand saut suspendu, à l’image de la fausse chute de Caesar évoquée plus haut, qui attend la fin sans qu’elle n’arrive. Tout le monde semble en tout cas en avoir conscience : ce Festival de Cannes pourrait bien marquer l’avènement d’un jour nouveau.

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